Jacques Henric : un amour de la boxe

par

Par Marc Emile Baronheid – L’intérêt des écrivains pour la boxe n’est pas nouveau. Au nombre des fervents : Hemingway, Jack London, Philip Roth ou Joyce Carol Oates, Daniel Rondeau.

Ce dernier ne se borne pas à l’évoquer dans son œuvre ; il la pratique comme, avant lui, George Gordon Byron, Tristan Bernard, Louis Hémon, Charles Juliet ou Arthur Cravan, lequel osera mettre les gants contre Jack Johnson, premier noir victorieux d’un blanc lors d’un championnat du monde des poids lourds (Etats-Unis,1910), à l’origine de violents troubles raciaux . Cocteau sera subjugué par le charme d’Al Panama Brown, qu’il initiera à de nouveaux délices de Capoue. Paul Morand – admirateur de Georges Carpentier – évoquera incidemment la boxe dans son discours de réception à l‘Académie française, à travers le souvenir d’un arrière-petit-fils de Mirabeau.

Jacques Henric : ardent supporteur de Jean-Marc Mormeck

Plus récemment, Richard Bohringer aura été l’ami fidèle de Jean-Baptiste Mendy, « l’homme aux poings d’acier », vainqueur d’un championnat d’Europe dans la salle … Albert Camus. Il lui consacrera « Danse Mendy », flamboyante prose poétique et musicale. Puis vient Jacques Henric, ardent supporteur de Jean-Marc Mormeck, boxeur plusieurs fois champion du monde des lourds-légers. Le natif de Pointe-à-Pitre doit livrer son ultime combat et défendre son titre à Kinshasa. Henric est pressenti pour l’accompagner, raconter la rencontre comme le fit Norman Mailer, venu assister, en 1974, dans la capitale congolaise, au combat du siècle livré par Mohammed Ali et George Foreman. Le match n’aura pas lieu. En boxe, un contrat est encore plus aléatoire qu’une promesse de réception à l’Académie française. L’une et l’autre sont certes régies par une « honorable » société, mais on observe chez la première une conception au premier degré de la gâchette.

Jacques Henri : l’écriture d’un livre sur la boxe

Qu’à cela ne tienne, Henric refuse que son soigneur lance la serviette en signe d’abandon. Il écrira non pas un reportage, mais un livre sur la boxe. A chaque reprise, on apprécie avec quel soin il s’est documenté. La foi du béotien frappe de modestie celle du charbonnier. Surtout qu’à travers l’histoire et les combats de quelques grands pugilistes, se démontre et se justifie la réputation d’école de vie dont jouit la boxe, appelée le «noble art ». Bretteur émérite sur tous rings où se défendent l’honneur et la réputation des causes qui lui sont chères, Jacques Henric démontre une condition affûtée et affiche un punch cerdanien, distribuant swings, jabs, crochets, uppercuts, directs au foie. S’il fallait lui donner un surnom ? L’ouvre-boîte, pour l’efficacité de son travail au corps. Lorsqu’on met les gants contre les maux de son temps (violence, racisme, génocides, intégrismes, urticaires sexuels), il faut s’attendre aux coups sous la ceinture. Les opposants idéologiques incarnent peu ce que Camus écrivait à Ponge : « En boxe, on embrasse son adversaire avant et après le combat. Voilà un sport où je suis à l’aise ».
Cet essai a valu à Jacques Henric le prix Médicis 2016 Catégorie Essai , par k-o à la quatrième reprise. Pour le quai de Conti, il faudrait rien moins qu’une décision de disqualification des arbitres…
Jean-Marc Mormeck est aujourd’hui délégué interministériel pour l’égalité des chances des Français d’outre-mer.

« Boxe », Jacques Henric, , éd. du Seuil, Coll. Fiction & Cie, 18 euros

( Photo- A.di.Crollalanza)

Lire aussi notre sélection d’essais littéraires :

La révolution hallucinée : prenez votre dose de Beat Generation

Le Front populaire : un moment de forte mobilisation

Michel Onfray defraie la chronique au nom de l’atheisme social

Malika Sorel-Sutter : une voix qui dérange

Laissez votre commentaire

Il vous reste

4 articles à lire

M'abonner à