Algérie : portrait émouvant d’un pays abîmé

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Par Laurence Biava – Un roman grandiose que cette histoire à tiroirs. Voici toute l’histoire de l’Algérie post colonisation et la guerre de 1958-1962 dans un seul livre. Toute l’histoire des RG. C’est l’Algérie et sa révolution manquée exprimée par la voix émouvante d’Amina, la tragique..

C’est l’histoire d’une jeune femme, fille d’un chef islamiste connu de l’Algérie. C’est le chef de la rébellion, il tue en masse. Un jour, Amina qui vit avec ses frères depuis que sa mère est morte de maladie, va voir son père. C’est un homme caché.. qui plonge dans l’islamisme radical et rejoint les groupes armés Isolée, son père l’accueille. Et la viole. Et s’en va. Elle ne sait pas. Elle revient à Alger et s’occupe de ses deux frères. Enceinte de son père, elle décide de garder l’enfant. Elle accouche et le confie à des maisons. Hors de question de l’abandonner, il faut qu’elle subvienne à ses besoins. Amina passe son bac, et fait des études. Au pensionnat, elle rencontre quelqu’un d’autre. Elle décide de se prostituer, avec son amie Karima. Leurs corps de rêve agrémentent les parties sélects des hauts de régime, elles s’assouvissent dans l’abondance et le luxe. Elles font la connaissance des gens très connus du régime. Un journaliste prend Amina en amitié, et l’aide à rechercher quelques disparus de ce régime de terreur. Elle passera son existence à enchaîner les actes de rébellion contre cette société rétrograde, d’autant que le journaliste protecteur finit par être assassiné. La milice règne pourtant et le peuple est éliminé par un pouvoir qui tient le haut du pavé.
Ce roman plonge le lecteur dans les plus grandes heures tragiques de l’Algérie du début des années 60. Il est impossible d’en sortir miraculeusement épargnés car le tableau dépeint est sanglant et fait revivre quelques fantômes d’un passé inoubliable. Hélas..
Youcef Zirem, qui a égrené son roman d’escapades historiques pour retranscrire cette impression dramatique de guerre absolue, a toujours un ton juste. On sent le désir d’en découdre et de ne plus taire l’Histoire, oubliée, tue ou méconnue. On sent l’envie de ne pas être dans le déni. L’écriture est ciselée et simple. Avec gravité, l’auteur porte un regard implacable sur l’anéantissement de cette société dévorée par la haine, et littéralement au fond du trou. Au bout d’elle-même.
Youcef Zirem est journaliste et écrivain de langue française. La porte de la mer est son dernier roman publié..

La porte de la mer
Youcef Zirem
Éditions Intervalles
16€ / 249 pages

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