Méditerranée : le rêve d’Edmond Baudoin

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Par Boris Henry – Une petite fille, allongée sur le ventre est sur une plage face à la mer. Le texte précise qu’elle ne dort pas, ne rêve pas et que la Méditerranée se souvient. Les pages suivantes confrontent des peintures de la mer à des textes parlant de la fillette et des siens, de ses rêves et aspirations – découlant des explications de ses parents – une fois qu’elle aura franchie la Méditerranée et qu’elle vivra dans un pays du Nord.

Ce court récit d’Edmond Baudoin repose sur des oppositions. La première est visuelle : dès le dessin inaugural, la fillette et la plage sont en noir et blanc, la mer étant peinte avec un camaïeu de bleus intenses. Si la mer est ici calme, elle s’agite au fil des pages. Pour signifier cette agitation et le danger qu’elle constitue, Baudoin répartit la peinture avec énergie, en tous sens, jouant sur les traces de pinceau, sa représentation pouvant être perçue aussi bien comme abstraite que comme figurative.

Parallèlement à ces peintures, les textes livrant le désir de la petite fille d’avoir une vie meilleure créent un contraste d’autant plus fort et violent qu’ils sont sensibles et posés et que nous savons que ces vœux ne seront jamais exaucés. Et si la mer s’apaise finalement, ce n’est pas le cas du lecteur.
Certains trouveront sans doute la démarche de Baudoin louable, mais son œuvre trop naïve. On peut – au contraire ? – y voir une grande noirceur tant le jeu sur les contrastes ne laisse aucun doute possible. Mais en décrivant l’espoir d’une fillette qui souhaite la même enfance que d’autres, Edmond Baudoin pointe la légitimité de ce souhait et l’absolue nécessité de le prendre en compte et de s’intéresser au sort des migrants, ce qui, bien évidemment, est essentiel.

Méditerranée
Éditions Gallimard Jeunesse
Scénario, dessins et couleurs d’Edmond Baudoin
32 pages en couleur
14 euros

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