Soy Nero : la question migratoire sans concession chez Rafi Pitts

par

Par Jonathan Rodriguez – Drôle d’ironie que la composition de ce film pour le moins inattendu. Rafi Pitts, cinéaste iranien, à la barre d’un projet traitant de l’immigration et de ces problématiques aux Etats-Unis. De la dérision, Soy Nero a su l’utiliser à bon escient pour un cinéma percutant.

Nero est un gamin de 19 ans qui a grandi en Amérique, et qui retournera dans son pays d’origine, le Mexique, auquel il n’a plus aucune attache. Un retour forcé au détour duquel le cinéaste iranien gratifie son film d’une scène de volleyball, avec pour filet un immense grillage, symbole d’une frontière étanche entre les deux pays. Mais le jeune Nero n’a qu’un seul but, retourner d’où il vient en repassant la frontière.

Se sentir étranger dans le pays de ses parents, voilà un propos à forte résonnance et à la portée universelle. Rafi Pitts va sublimer son sujet pour livrer un film avec une originalité particulière, des séquences déroutantes et une variété de tons. Rafi Pitts propose une mise en scène à la maîtrise certaine. Sa pellicule est chaleureuse, son grain est prononcé et son cadrage toujours bien senti qui donne une belle profondeur au film autant qu’une portée politique pour une esthétique discrète mais remarquable.

La pertinence de ses questionnements, l’ironie de son propos et la force de son récit amènent le public jusqu’au Moyen-Orient. Nero y retrouvera deux afro-américains, pleinement inscrits dans le conflit East Coast-West Coast, et un musulman peu apprécié dans l’escouade. Quatre personnages, quatre soldats formant la Green Card Soldiers, afin d’acquérir le droit d’être sur le sol américain. En somme, votre vie pour les Etats-Unis pour espérer devenir américain. Raisonnement par l’absurde d’une situation que Rafi Pitts pointe avec grandeur et nuance. Détonnant.

Soy Nero
de Rafi Pitts
avec Johnny Ortiz, Rory Cochrane, Aml Ameen et Kleo Thomas
1h58 / Sophie Dulac Distribution

Lire aussi dans l’actualité du cinéma :

Juste la fin du monde : l’oeuvre électrique et lumineuse de Xavier Dolan

Brooklyn Village : Ira Sachs, un portrait de famille tout en finesse

Comancheria : Douceur et mélancolie dans le western de David MacKenzie

Mister Ove : un misanthrope tellement attachant

Le Mystère Jérôme Bosch: conversations autour du Jardin des délices

Laissez votre commentaire

Il vous reste

4 articles à lire

M'abonner à