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Juste la fin du monde : l’oeuvre électrique et lumineuse de Xavier Dolan

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Par Jonathan Rodriguez – Chaque film de Xavier Dolan est un évènement. Grand prix à Cannes et un casting français XXL (Gaspard Ulliel, Marion Cotillard, Léa Seydoux, Vincent Cassel, Nathalie Baye) Juste la fin du monde ne déroge pas à la règle. Après douze ans d’absence, Louis retourne dans son village natal pour annoncer à sa famille sa mort prochaine. Une histoire simple aux problématiques complexes. En adaptant la pièce éponyme de Jean-Luc Lagarce, le pari était risqué. Huis-clos puissant, la force du sixième film du jeune Québécois réside dans sa capacité à se détacher totalement d’un procédé théâtral – trop souvent utilisé au cinéma – pour livrer une œuvre de pure mise en scène.

L’esthète Xavier Dolan, oppresse et illumine

Totalement cinématographique, la mise en scène de Dolan est habitée par le poids du silence. Grâce à l’utilisation récurrente du gros plan sur le visage de ses personnages et d’une légère contre-plongée, l’atmosphère devient rapidement anxiogène. Le poids du secret, la lourdeur du silence, l’impossibilité de communiquer. Sa réalisation épouse ces thématiques. Alors qu’une pièce de théâtre rassemble ses personnages sur une même scène, le cinéaste de 27 ans choisit judicieusement de les isoler. Enfermés dans le cadre, seuls face à leur conscience. Brillant.
Cette oppression constante est compensée par une mise en scène également lumineuse. Par son esthétisme exacerbé d’abord, véritable douceur pour la rétine et gage de l’identité de Dolan. Et par sa musique – éclectique et populaire – où les très belles compositions de Gabriel Yared croisent le fer avec Blink 182, O-Zone (oui oui !) où encore Exotica, avec pour conclusion par les airs délicieux de Natural Blues de Moby. Mais Xavier Dolan n’évite cependant pas certains écueils inhérents à ce genre de douceurs musicales. Les séquences de souvenirs de Louis, bien qu’esthétiquement réussies, questionnent sur leur véritable utilité narrative tant on a l’impression de clips musicaux qui viennent entrecouper le récit.

Ulliel et Cotillard brillent, Cassel, Seydoux et Baye dans l’excès

Autre grande attraction du Grand prix du Festival de Cannes, une brochette prestigieuse d’acteurs français était attendue au tournant. Le défi était de les faire exister à l’écran. Gaspard Ulliel, élément central, surprend magnifiquement dans sa capacité à tout intérioriser, avec des mimiques et des regards pour seuls motifs d’expressions. Marion Cotillard, d’habitude irrégulière dans ses rôles, brille littéralement à l’écran. Isolé du film de part son statut de belle-fille, ses hésitations, son regard expressif et perçant explosent à l’écran. Introvertie, vulnérable, elle est bouleversante. Vincent Cassel, à la fois monstre charismatique et frère fragile déconcertant, séduit également. Nathalie Baye, déroute de part son allure et livre quelques fulgurances. Quant à Léa Seydoux sa performance pêche par l’hystérie ambiante. Son jeu est trop prononcé et part rapidement dans l’excès. Trop pour être réellement convaincant sur la totalité du long-métrage. Le rôle ingrat de la post-adolescence.

Mommy avait enchanté par la pureté de son émotion et de son sentimentalisme outrancier. Juste la fin du monde divisera probablement davantage par son ambiance toxique et son parti-pris. Mais il reste toujours un témoin de l’incroyable talent du Québécois, ne cessant de remixer ses thèmes et de proposer une esthétique aussi éblouissante que personnelle. Prochain rendez-vous, les États-Unis avec The death and life of John F. Donovan, la langue de Shakespeare, Jessica Chastain et Natalie Portman. On a déjà hâte.

Juste la fin du monde
de Xavier Dolan
avec Gaspard Ulliel, Nathalie Baye, Léa Seydoux, Vincent Cassel et Marion Cotillard
1h35 / Diaphana Distribution

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