Nicolas Dubourg : La Vignette, un théâtre de « première ligne »

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Par Deborah Valentin – Situé en plein coeur de l’université de Paul Valéry à Montpellier, le Théâtre la Vignette s’est construit comme un lieu d’ouverture, de dialogues, d’échanges entre artistes, universitaires, intellectuels et étudiants. Devenue une scène conventionnée depuis le 1er janvier 2016 pour l’émergence et sa diversité, le Théâtre la Vignette s’inscrit dans un réseau national et ne cesse, au fil des années, de développer son projet culturel dans son travail avec les artistes et le public. Le Directeur du théâtre la Vignette, Nicolas Dubourg nous présente cette nouvelle saison 2016-1017. Rencontre.

Comment êtes-vous devenu le directeur du Théâtre la Vignette ?

Après plus de 12 ans passé comme administrateur de différents lieux, la direction de l’Université Paul-Valéry m’a proposé de succéder à Frédéric Sacard, parti au CDN d’Aubervilliers. J’ai alors échangé longuement avec le conseiller théâtre à la DRAC Languedoc-Roussillon. J’ai soumis un projet pour le théâtre de la Vignette qui a été accepté par l’ensemble des partenaires.

Pourriez-vous nous présenter la nouvelle saison 2016-2017 ? Quels seront les grands rendez-vous de cette année ?

Cette saison affirme une orientation déjà en vigueur les saisons précédentes, en insistant sur l’ouverture internationale et le soutien aux arts et aux artistes émergents. Nous engageons un travail avec la Compagnie du Zieu dirigée par Nathalie Garraud et Olivier Saccomano. Ils animeront l’atelier la « traversée » du théâtre de la Vignette et présenteront leur dernière création L’instant décisif. Au premier semestre, il ne faut pas manquer Unusual weather phenomena project, une pièce qui croise la musique du classique au rock indie, les arts visuels et une théâtralité loufoque. Nous sommes aussi très contents d’accueillir Hearing d’Amir Reza Koohestani, l’artiste iranien qui marque sa génération. Au printemps une soirée sera consacrée à deux artistes chiliens, Pablo Larrain (réalisateur du film Jackie Kennedy avec Natalie Portman) et Cristian Flores qui nous montrera la vitalité du théâtre sud-américain.

Nicolas Dubourg : « Notre projet est précisément de montrer l’importance des contextes et de travailler à créer des dialogues entre les cultures »

Comment définiriez-vous les notions de diversité et d’émergence, deux notions qui ont permis au théâtre la Vignette d’intégrer le cercle des scènes conventionnées ? Comment s’articulent elles dans votre programmation ?

« La diversité » comme principe de travail crée un mouvement dialectique, il interroge les « évidences » telles que l’universalité, les particularismes etc. On pense souvent que l’art transcende les cultures et que les grandes idées, les émotions, les sentiments sont universels. Si je le crois aussi, je suis convaincu que la réception de ces idées est fortement contextuelle, dans l’histoire et l’espace et qu’il faut être attentif à cette réception. Ainsi la sensibilité particulière de chacun, teintée par sa culture et son histoire influe sur la réception des oeuvres. Notre projet est précisément de montrer l’importance des contextes et de travailler à créer des dialogues entre les cultures. Pour cela, nous pensons aussi primordial d’affirmer notre travail de théâtre ouvert aux artistes et aux formes nouvelles ; à ceux, qui ancré dans leur époque, font le pari de la rupture, du décalage avec les « attentes » d’un public repu de divertissements.


Quelles ont été vos lignes directrices pour définir votre programmation ? Comment choisissez-vous les pièces qui vont être jouées ? La particularité du théâtre universitaire est qu’il se trouve en partie libéré de certaines contraintes comme par exemple celle du taux de remplissage. Ces considérations offrent-elles une plus grande liberté quant au choix de la programmation ?
C’est évident ! C’est une réalité tragique que nous soyons effectivement un des seuls théâtres à être aussi libre dans notre programmation. L’université Paul-Valéry a pleinement intégré l’enjeu d’un programme réalisé par une équipe professionnelle et indépendante dans ses choix artistiques ; aussi, nous discutons du projet, nous négocions les moyens et nous procédons à des évaluations annuelles, mais à aucun moment le politique ne se permet de suggérer tel ou tel programme. Cela devrait inspirer certaines collectivités qui par leur ingérence mettent en péril l’indépendance et la liberté de création.
Pour en revenir, à la programmation, c’est un travail de longue haleine qui passe par de nombreux visionnages de spectacles en France et à l’étranger, par des rencontres aussi. C’est également un travail de réseau, car une fois le spectacle repéré, il faut construire les accueils en collaborant avec des lieux, parfois très lointains. Aujourd’hui la Vignette est repérée nationalement comme programmateur tant sur l’international que sur l’émergence et nous avons donc certaines facilités pour cela.


Savez-vous précisément quel est le public du théâtre ? De quelles marges disposez-vous pour le conserver et le renouveler ?
C’est une des forces et des particularités de notre Théâtre. Près de 50 % du public est étudiant. Ce public a la particularité d’être « libre » mais pas pour autant émancipé, c’est-à-dire qu’il ne vient plus au spectacle encadré par ses parents ou ses enseignants, mais qu’il n’est pas forcément encore en mesure de naviguer dans une programmation. On assume d’être un théâtre de « première ligne »! Cela dit, l’identité de Montpellier est fortement liée à ces étudiants et il est normal que la Vignette joue un rôle très important envers ce public.
Concernant la fidélisation du public, ici, nous n’avons pas d’abonnement, mais seulement une carte de réduction, le Laisser-Passer. Pour autant, votre public comprend de nombreux habitués, qui connaissent ce théâtre et apprécie notre projet.

Nicolas Dubourg : « L’art joue un rôle de rupture avec la pensée dominante et c’est cela qu’il faut à tout prix défendre »


Comment s’organise l’équipe du Théâtre la Vignette pour répondre à une telle programmation ?
Nous sommes une petite équipe de 5 permanents. Nous nous épartissons toutes les missions d’un Théâtre professionnel. À ces permanents s’ajoutent des intermittents pour la technique et des vacataires pour les missions d’accueil et de médiation.
Cette équipe est entièrement pris en charge financièrement par l’université Paul-Valéry qui, au vu de l’importance de son effort, est un des tout premiers opérateurs culturels de la région Occitanie.


Comment la programmation de l’Orchestre et du Musée des Moulages, qui font partie du centre culturel de l’université de Montpellier, s’articule t-elle avec le Théâtre la Vignette ?

Il y a trois directions artistiques distinctes, réunies dans une même entité, le CCU – Centre Culturel Université Paul-Valéry Montpellier 3, dont l’université m’a confié la direction. L’important pour nous est de développer des projets transversaux comme par exemple des lectures de HTH (lire notre article) au Musée des Moulages, ou la programmation de l’orchestre à la Vignette. Et cette transversalité a des effets incroyables sur des domaines clefs de l’université comme la pédagogie, l’orientation ou l’insertion professionnelle. Par exemple, quand un étudiant en cinéma, s’intègre dans une résidence d’artiste-plasticien qui traite de l’époque grecque, on voit la richesse d’un tel terreau !

Selon vous, qu’est-ce qu’il est important de défendre à travers le Théâtre aujourd’hui ?
Je ne pourrais pas répondre de façon satisfaisante à cette question. En tout cas, il me semble plus important que jamais de distinguer l’art et le divertissement et de dénoncer cette tendance « pop » à l’amalgame. Ce n’est pas parce que l’on peut se divertir devant une oeuvre d’art que celle-ci est réductible à cette distraction. Dans un moment de repli identitaire et d’exacerbation des détestations, l’art joue un rôle de rupture avec la pensée dominante et c’est cela qu’il faut à tout prix défendre.

Comment voyez-vous l’évolution du Théâtre la Vignette dans les années à venir ?
Tout d’abord, affirmer un rôle de production en obtenant les moyens nécessaires de la part des collectivités, à commencer par la Métropole. Ensuite, être à l’initiative d’un grand rendez-vous transfrontalier de la création contemporaine alliant le spectacle vivant et les arts visuels. Mais pour tout cela, il faudra que le territoire soutienne davantage ce projet qui est pour le moment porté essentiellement par l’Université Paul-Valéry et la DRAC LRMP.

Nicolas Dubourg – Théâtre de la Vignette, scène conventionnée
Université Paul-Valéry Montpellier 3
Route de Mende – 34 199 Montpellier Cedex 5

Accueil Théâtre / Information
04 67 14 55 98 – bâtiment H – 1er étage – bureau 101
contact@theatrelavignette.frwww.theatrelavignette.fr

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