Maurice Sachs : un écrivain souvent lesté d’opprobre

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Par Marc Emile Baronheid – Protagoniste inévitable lorsqu’il s’agit d’évoquer Maurice Sachs, Henri Raczymow a dirigé le Cahier de l’Herne consacré à l’auteur du Sabbat et de La chasse à courre. Le propos n’y est pas de prendre position pour ou contre un personnage et un écrivain toujours lesté d’opprobre, mais de tenter d’expliquer « Le Malhonnête Homme qui se pique de tout » (Roger Nimier) autant que celui qui tint une place de choix dans la vie et l’œuvre de Violette Leduc, « cette amoureuse de l’impossible » (Carlo Jansiti).

Né à Paris en septembre 1906, mort en avril 1945 sur une route d’Allemagne, abattu par les SS, Sachs a laissé essentiellement une dizaine de livres posthumes. Raczymow encore – auteur d’une biographie parue en 1988 : Maurice Sachs ou les travaux forcés de la frivolité (Gallimard) – voit en lui un chroniqueur brillant et amoral, témoin de la vie artistique et littéraire du Paris de l’entre-deux-guerres, tenaillé par des errements qui ont noms débauche, frivolité, snobisme, vol. Infréquentable, donc, à maints égards, cet homme incapable d’arbitrer son propre combat entre l’intelligence et les basses servitudes du métier de naître sous une mauvaise étoile. La distribution de cet opéra consacré à « un gredin de haute volée » (Maurice Nadeau) atteste l’aura de Sachs, autant que la difficulté de ne sauver ni accabler celui qui aimait à dire « en matière de mauvaise action, c’est encore la façon qui compte ». Un témoin qui l’a connu misérable, aux abois, fin 1941, raconte « Quelques mois plus tard /…/ il était redevenu somptueux, faisant, me dit-il, le trafic de l’or. Tenant table ouverte dans un restaurant de marché noir de la rue Saint-André-des-Arts où son fiacre l’attendait à la sortie ». Cocteau, Max Jacob, les Maritain, Madeleine Castaing, Gide et d’autres ont connu et parfois accompagné ce funambule de mauvaise vie qui devait forcément hanter l’œuvre de Patrick Modiano. Une réussite, dans un catalogue qui les collectionne. Parallèlement paraissent « Mémoire moral », texte inédit, matrice du considérable « Sabbat », et « Derrière cinq barreaux », ouvrage qui contient plusieurs livres à l’état naissant, rédigé en prison à Hambourg, entre novembre 1943 et avril 1945. « J’écris, je suis heureux, j’ai enfin retrouvé le calme » …

« Maurice Sachs », Cahier dirigé par Henri Raczymow, éditions de l’Herne, 39 euros
« Mémoire moral », Maurice Sachs, L’Herne, coll. Carnets, 7,50 euros
« Derrière cinq barreaux », Maurice Sachs, L’Herne, coll. Carnets, 7,50 euros

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