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Le Mystère Jérôme Bosch: conversations autour du Jardin des délices

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Par Florence Yérémian – Le Jardin des Délices de Hieronymus Bosch se trouve au Musée du Prado à Madrid. Triptyque aussi étrange que magnifique, ce tableau demeure encore aujourd’hui l’un des plus énigmatiques au monde. Débordant de personnages rocambolesques et de formes anthropomorphiques, il se compose de trois panneaux représentant l’Enfer, l’Eden et le Paradis.

José Luis López-Linares rend hommage à Jérôme Bosch

À l’occasion du 500e anniversaire de la mort de Bosch, le cinéaste José Luis López-Linares a souhaité consacrer un film hommage à celui qui fut certainement l’un des peintres flamands les plus inventifs du XVe siècle. Donnant la parole à des historiens, des artistes ou des écrivains, le réalisateur est parti en quête de toutes les interprétations possibles du Jardin des Délices. Entre les réflexions philosophiques de Michel Onfray, le ressenti lyrique de Renée Fleming et l’impression de souffrance que décrit Salman Rushdie face à ce tableau, les avis s’enchainent et se multiplient.

Que le Jardin des Délices soit apprécié ou pas, une chose ressort de ce reportage : cette oeuvre fascine autant par sa fantaisie qu’elle dérange par son chaos. Se parcourant comme un livre ouvert, elle présente aux visiteurs un bestiaire des plus déconcertants: entre des oiseaux dévoreurs d’hommes, des batraciens à trois têtes, des chimères lucifériennes et des animaux déguisés en religieuses, l’on se demande ce qui a poussé Bosch vers des visions aussi pernicieuses. Malgré son imagination et son talent, ce génie avant-gardiste devait être un homme assez angoissé : certes, il nous propose d’étonnants paysages et des architectures quasi-futuristes mais il entraine surtout sa multitude de personnages dans des scènes si démoniaques que son tableau finit vraiment par sentir le souffre.

Jérôme Bosch : une créativité métaphysique

La plupart des intervenants du film de López-Linares s’interrogent justement sur l’érotisme froid propre à Jérôme Bosch ou sur son attrait envers le grotesque et les superstitions; ils s’avouent cependant séduits par son raffinement, sa profusion de détails et sa créativité métaphysique. En tant que spectateur, il est très intéressant d’entendre un musicien décrypter une partition diabolique du tableau ou de voir un musicologue décrire avec précision les instruments présents dans cette composition à l’exemple de la cornemuse ou de la flute chalumeau.
Au fil des témoignages, le public est aussi invité à découvrir le parcours du peintre, son influence sur le surréalisme et la confrérie artistique à laquelle il appartenait. Par delà la fantaisie macabre et la technique picturale de Hieronymus, ce qui ressort avec évidence de ce long métrage est son érudition: comme le démontre José Luis López-Linares, le Jardin des Délices peut par bien des aspects faire référence à la symbolique de la Dame à la Licorne, à l’amour courtois du Roman de la Rose ou aux magnifiques lettrines des Livres d’Heures médiévaux. Parallèlement à cette culture du livre et de la narration, Bosch a également du s’inspirer de l’Histoire des Pays-Bas, des peintres de son temps sans oublier la pression morale de son église catholique. Face à des influences aussi prolifiques, l’on voudrait décortiquer chaque détail de son triptyque pendant des heures afin d’en capter toutes les métaphores. L’on regrette donc que le film de José Luis López-Linares s’attarde d’avantage sur le ressenti émotionnel et spirituel de ses intervenants que sur une véritable analyse iconographique menée à la manière de Daniel Arasse. Si vous n’êtes pas historien d’art, cela ne vous dérangera pas. Il vous suffira de vous laisser porter par la musique de Bach ou de Brel et vous percevrez ce très beau documentaire comme une ode lyrique à l’imagination de Bosch. Sachez néanmoins qu’au bout d’une heure quinze, le mystère demeure toujours …

Le Mystère Jérôme Bosch
(El Bosco, El Jardin de los suenos)
Un film de José Luis López-Linares
Avec la participation de : Silvia Pérez Cruz, chanteuse – Ludovico Einaudi, compositeur – Orhan Pamuk, écrivain (Prix Nobel de Littérature 2006) – Miquel Barceló, artiste – William Christie, chef d’orchestre – Laura Restrepo, écrivain – Carmen Iglesias, historienne – Isabel Muñoz, photographe – Cai Guo-Qiang, artiste plasticien – Nélida Piñón, écrivain – Salman Rushdie, écrivain – Cees Nooteboom, écrivain – Hano Wijsman, historien – Elisabeth Taburet-Delahaye, historienne – Teresa Mezquita, conservatrice, Bibliotheque Nationale d’Espagne – Sophie Schwartz, neuroscienti que – Nills Büttner, historien de l’art – Max, écrivain et illustrateur de bandes-dessinées – Michel Onfray, philosophe, écrivain – Renée Fleming, soprano – Johanna Klein, historienne – Sir John Elliott, historien et Hispaniste – Philippe de Montebello, historien de l’art – Albert Boadella, dramaturge – Xavier Salomon, historien de l’art, conservateur au Metropolitan et à la Frick Collection – Leonardo García Alarcón, musicien, réalisateur – Joaquín Díaz, historien – José Manuel Ballester, artiste – Pilar Silva Maroto, conservateur de l’exposition Bosch. The 5th Centenary Exhibition – Alejandro Vergara, conservateur en chef de la peinture amande et de la Northern Schools au Musée du Prado – Herlinda Cabrero, restaurateur du Museo del Prado

France/Espagne – 2016 – 84 min
Sortie nationale: le 26 octobre 2016

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