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Victoria : les belles promesses de Justine Triet

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Par Jonathan Rodriguez – La bataille de Solférino, le premier film de Justine Triet, était en Une des Cahiers du cinéma lors de sa sortie, présenté comme l’un des fers-de-lance d’une nouvelle vague française (avec Antonin Peretjatko et La fille du 14 juillet), éprise d’une liberté folle et créatrice revigorante, dans le paysage assez terne du cinéma français.

Trois ans plus tard, la cinéaste change de registre et de dimension avec Victoria. Au revoir la caméra-épaule et bonjour le cadre posé. Une volonté de mise en scène plus enclin au style de son nouveau film. Un confort de réalisation certain, dû à une production plus importante, et l’affirmation d’une cinéaste qui voulait « maitriser son image ». Le résultat est réjouissant.

Œuvre hybride, Victoria dresse le portrait d’une quadragénaire paumée, brillante avocate à la vie privée chaotique qui se retrouve empêtrée dans une affaire judiciaire concernant son meilleur ami. Point de départ d’un chamboulement dévastateur.

Justine Triet mélange les genres avec malice et brio

Le second film de Justine Triet frappe d’abord par cette maîtrise constante à osciller entre trois genres auxquels elle donne, sans cesse, de la cohérence : à la comédie de boulevard savoureuse s’ajoute un drame existentiel percutant saupoudré d’une enquête judiciaire farfelue. Il y a du Howard Hawks, du Blake Edwards et du Billy Wylder, réajusté à la sauce Triet, pour un film diablement inscrit dans son temps. Les dialogues finement écrits et les comiques de situations, d’une efficacité redoutable, apportent une certaine légèreté à la dramaturgie centrale.
« Je n’ai pas écrit Victoria comme une comédie », confiait la cinéaste lors de la présentation de son film. Une variété de tons qui donne au film une facette plus complexe qu’il n’en a l’air. Cette fine ligne directrice, entre comique et dramatique, se résume d’ailleurs parfaitement, lorsque Sam (alias l’excellent Vincent Lacoste, en nounou bohème) lui rétorque « t’as le sens du drame anormalement développé ». Une séquence à la fois tendre et violente pour un long-métrage drôle, profond et attachant.

Surtout, l’audace et la résonnance de ce portrait de femme lui donne une imagerie profondément contemporaine. Femme indépendante, brillante avocate, mère débordée, amante désespérée, personnage dépressif, les questions existentielles qui traversent l’esprit de Victoria font souvent mouche.

Virginie Efira étonnante et épatante

C’est la belle surprise de ce film. Une performance délicate, d’autant que la tâche paraissait compliquée sur le papier. L’ex-présentatrice de La Nouvelle Star, reconvertie dans le cinéma n’avait, jusqu’alors, pas brillé par sa grande capacité de jeu. Ici, elle habite avec malice et subtilité les troubles existentiels de cette femme perdue. Elle amène un jeu complexe, mélange d’assurance et de fragilité où le sérieux, la mélancolie et le cynisme font bon ménage grâce à une solide direction d’acteur. Donnant la réplique à un Vincent Lacoste au jeu toujours juste, Virginie Efira donne des promesses pour le cinéma français. Une renaissance à l’image de son personnage. Et des promesses, Justine Triet, n’a pas fini d’en tenir.

Victoria

De Justine Triet
Avec Virginie Efira, Vincent Lacoste, Melvil Poupaud et Laurent Poitrenaux
1h36 / Le Pacte

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