Le jeu de l’amour et du hasard : un chassé-croisé pop rock

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De Florence Yérémian – Le brave Monsieur Orgon a l’intention de marier sa fille Silvia à un certain Dorante. Effrayée par ce mariage arrangé, la demoiselle décide de se faire passer pour Lisette sa suivante afin de découvrir qui se cache vraiment derrière ce futur époux. Le jour de la rencontre arrive et Dorante se présente tout fringuant au domicile de sa promise. Décontenancée par un époux aussi trivial, la belle Silvia devient alors réticente à la noce. Elle ne se doute cependant pas que le véritable Dorante a, de son côté, demandé à son valet Arlequin de prendre sa place… Tandis que tout le monde avance masqué dans cette noble demeure, la farce peut enfin commencer.

Marivaux en mode Pop-Love? On adore !

Cette délicieuse comédie est la plus célèbre pièce de Marivaux. Il faut dire qu’elle a tout pour séduire: une jeunesse mensongère, beaucoup d’esprit, des histoires de coeur qui s’entrecroisent et une morale intemporelle sur les conventions, l’amour et ses raisons.

C’est avec beaucoup d’humour et de modernité que Salomé Villiers a choisi de reédapter ce divertissement du XVIIIe siècle. Faisant fi des costumes et des décors ostentatoires, elle a concentré sa mise en scène sur la prose de Marivaux et le jeu subtil de ses acteurs en y ajoutant de la musique Pop-Rock et d’étonnants intermèdes filmés. Se glissant elle-même dans le rôle de Silvia, Mlle Villiers octroie à son personnage autant de candeur que de simplicité. Pétrie d’hésitations, sa douce protagoniste se demande sans cesse pourquoi elle est attirée par les charmes d’un valet alors que son rang ne lui autorise d’épouser que son maitre. Prenant le public en aparté, elle lui confie ses doutes et ses réflexions avec une grande authenticité.

À ses côtés se tient Lisette, sa soubrette, déguisée en demoiselle du grand monde. C’est à Raphaëlle Lemann que revient le rôle de cette cocasse domestique. Pulpeuse et fanfaronne, la comédienne joue avec enthousiasme la carte du charme rural et de l’arrogance (un peu trop) ce qui apporte un excellent contrepoint à la prude élégance de sa maitresse. Face à elle, Etienne Launay interprète le faux Dorante mais n’en demeure pas moins un drôle d’Arlequin. Serviteur dans l’âme, il conjugue à ravir l’inconvenance et la balourdise et passe le plus clair de son temps à courtiser Lisette. Déambulant en pantalon jaune vif ou dans son petit caleçon couvert de poulpes, ce valet travesti confère une formidable bouffée d’allégresse à l’ensemble de la pièce. Reste enfin François Nambot qui joue le vrai Dorante : menant sa cour avec retenue, ce jeune acteur nous livre un portrait de gentilhomme un peu trop discret mais néanmoins agréable à suivre.
Guidés par Cupidon ces quatre protagonistes vont donc s’aimer et se chamailler sans rien comprendre à leur propre mascarade. Se laissant tour à tour porter par leurs devoirs ou leurs émotions, ils vont s’adonner à un succulent chassé-croisé sous l’oeil goguenard de ce cher M. Orgon incarné avec bienveillance par Philippe Perrussel.

Entre mensonges et quiproquos, goujaterie et bienséance, cette transposition audacieuse de Marivaux est une ode à l’amour propice à vous faire badiner !

Le jeu de l‘amour et du hasard ? Une savoureuse mascarade revisitée au son des Sixties!

Le jeu de l’amour et du hasard
De Marivaux
Mise en scène Salomé Villiers
Assistante mise en scène: Lisa de Rooster
Avec Salomé Villiers, Raphaëlle Lemann, Philippe Perrussel, Bertrand Mounier, François Nambot et Etienne Launay
Vidéos: Léo Parmentier
1h20

Informations pratiques :

Théâtre Lucernaire
53, rue Notre-Dame des Champs – Paris 6e

Du 31 Août au 23 octobre 2016
du mardi au samedi à 20h
Le dimanche à 18h

Réservations: 0145445734
www.lucernaire.fr

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