Tù : Une danse acrobatique de la re-naissance

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De Florence Yérémian – Matias a subi une tragédie prénatale : dans le ventre de sa mère, il a perdu sa soeur jumelle décédée trois jours seulement avant leur naissance commune. Cette grossesse étrange durant laquelle un foetus a du finir son cycle auprès d’un corps mort a crée un traumatisme chez Matias. Afin d’évacuer ce mal être et tenter de faire son deuil, le jeune homme se replonge in-utero en quête de ses souvenirs et de ses racines maternelles…

Étrange spectacle que ce « Tù » mis en scène par Olivier Meyrou. Par-delà la beauté de sa chorégraphie et l’intelligence de son propos, cette nouvelle création nous entraine en effet dans un univers aussi sourd qu’angoissant. Seul sur scène l’acrobate Matias Pilet ne cesse de se débattre et d’entrer en transe enveloppé dans des lambeaux de papier froissés. Semblable à un pantin souple, il se contorsionne, rampe, s’étire puis s’extrait brusquement de son cocon de kraft blanc afin d’affronter alternativement la lumière ou l’obscurité. Doué d’une souplesse vertigineuse, cet artiste circassien a l’endurance d’un derviche et l’agilité d’un chat: bondissant sur la scène en silence, il caresse le sol du bout du pied, y tournoie frénétiquement puis se laisse glisser le long des murs tel un Icare coulant dans les méandres d’un oppressant liquide amniotique.

Le prologue de cette pièce dansée est assez confus car le spectateur ne comprend pas immédiatement son sujet. Ce n’est qu’en entendant des phrases évoquant le drame de cette grossesse demi-avortée que l’on capte enfin le sens du spectacle: « Tù » est tout simplement une projection chorégraphique d’un trauma intra-utérin, où le metteur en scène Olivier Meyrou a demandé à son interprète de danser cette douleur jusqu’à la catharsis. C’est donc une lutte interne et récurrente qui se révèle sous nos yeux durant une heure à travers des postures obliques, des incantations indiennes et des gémissements sonores évocateurs de la souffrance de Matias et de sa génitrice.

La thématique de ce ballet libérateur est glauque, la scénographie complexe, quant au rythme narratif, il est aussi épuisant qu’un accouchement ponctué de contractions frénétiques. L’ensemble de cette partition macabre est cependant sauvé par la fluidité magistrale de Matias Pilet qui parvient successivement à transformer la scène en matrice et en lieu de deuil pour enfin la métamorphoser en socle de sa renaissance.
Matias Pilet ? Un artiste « incar-né » !


Mise en scène Olivier Meyrou
Interprète Matias Pilet
Dramaturgie Amrita David et Olivier Meyrou

Du 7 au 10 septembre 2016
Du mercredi au samedi à 20h30
Grande salle – 55 min
Le Monfort Théâtre
106, rue Brancion – Paris 15e
Réservation: 0156083388
www.lemonfort.fr

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