Le lob du destin : Thomas Roussot et l’univers impitoyable du sport

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Par Laurence Biava – Thomas Roussot est écrivain, philosophe, essayiste, poète, photographe, journaliste, militant associatif et illustrateur. Il a publié une biographie consacrée à Bertrand Cantat, une autre traitant de Nietszche, ainsi qu’un recueil cinéphilique. Le lob du destin est son dernier opus publié. Le lob du destin est un excellent livre qui aurait largement mérité plus d’écho que celui, modeste, que je m’apprête à lui donner.

L’histoire telle qu’elle est présentée par l’éditeur – Vladimir est un adolescent atypique qui à aspire à percer dans le tennis professionnel. Il est prêt à tout pour réussir son rêve, même à s’élever contre son entourage. C’est dans ce contexte que surgit Ibn, le coach. Cet homme étrange, rejeté par sa fédération, croit pourtant en Vladimir et devient son entraîneur. Pour atteindre le niveau d’un Grand Chelem, Graal de tout joueur de tennis, le chemin est long, constitué de qualifications anonymes et de petits tournois impersonnels, de séances d’entraînement inhumains.

Mais plus qu’à ses adversaires, Vladimir va surtout se heurter au néfaste milieu tennistique, univers impitoyable. Le roman se fait miroir d’une certaine société délétère ternie par la discrimination exercée à l’égard des jeunes figures de proues.

Le lob du destin : un roman initiatique entre sport et réflexion existentielle

Métaphore foudroyante de notre monde, fort et intense, ce roman initiatique utilise le sport comme prétexte à la réflexion existentielle, il révèle les dérives sectaires, les abus de pouvoir, ainsi que maintes relations perverses et perverties, gangrénées par les aveux de puissance et d’argent. Nous plongeons tête baissée, aspirés par le souffle romanesque, et le lyrisme lustral qui se dégage de ce texte.

Délibérément, je lui donnai des raisons de douter de ce mélange hétéroclite, futuriste et conventionnel à la fois, formant comme un bouclier de certitude autour de son estime de lui subtilement friable. Saisie, la main secouée, sa petite sœur craignait qu’on ne les chasse de la vallée, parce qu’ils ne travaillent pas aux champs, et qu’ils sont perçus comme de suppôts de la modernité parisienne, ce qui demeure une tare dans le coin. Confiante dans ses promesses d’enracinement, exprimées avec une émotion visible, elle retrouva un sourire léger quand il démarra son nouveau programme de streaming multi-recherche.

Livre littérairement exigeant, bordé de longues phrases, véhiculant de longues descriptions détaillées, et possédant des titres de chapitre qu’il est impossible de ne pas nommer, parce qu’ils sont recherchés, opaques, destinés à délivrer un message, explorant une vérité insondable (?) : Verticalité solaire, l’ère du primitif, crevaison dans l’intérieur, l’alternance des possibles, l’opinion courante, en toute décohérence, du délitement général, vermine normative, le côté essayiste, un Droopy croisé avec un pitbull.

J’ai beaucoup aimé ce roman érudit, qui me permît de mieux comprendre l’état d’esprit et les réflexions acérées que possèdent et que livrent les jeunes champions, souvent mal perçus, déconsidérés, victimes d’un système despotique qui les broie, mis en rupture de ban de l’époque.

Bravo au Lob du destin de nous en dire un peu plus sur la condition in-humaine.

Le lob du destin
Thomas Roussot – Salto Editions
254 pages – 17 €

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