Avignon OFF 2016 : Merci Public, un artiste dans la ville

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Par Deborah Valentin et Romain Rougé – Faire venir l’humoriste de son choix dans sa ville, voilà le projet ambitieux de Merci Public, une start-up qui a décidé de s’investir dans le monde de la culture. Mehdi Rabah et Wandrille Guesdon, passionnés de spectacles vivants, sont les instigateurs de cette plate-forme digitale lancée ce 7 juillet, à l’occasion du festival OFF d’Avignon. Interview.

Pouvez-vous nous présenter votre projet ? Quel est votre objectif ?

Merci Public est une plate-forme digitale qui permet au public de faire venir l’humoriste de son choix dans sa ville, par une articulation entre demande et pré-réservation. Nous n’avons pas vocation à être un simple site de demande, mais plutôt un véritable réseau centralisé autour de l’humour. Merci Public répertorie la majorité des humoristes francophones, et nous créons les pages à la simple demande des artistes. Chaque artiste dispose ainsi de sa page où il est notamment possible de consulter ses principaux sketchs ainsi que son fil d’actualité Twitter et Facebook. En fait, c’est comme YouTube… mais pour les sketchs !

Lorsque vous êtes sur la page d’un artiste et que vous souhaitez voir son spectacle, il vous suffit simplement d’entrer le nom de votre ville et de cliquer sur « demander ». Lorsque nous enregistrons un nombre suffisant de demandes pour un artiste dans une ville, nous entrons en contact avec la production et lui présentons l’état de demandes. Cela nous permet alors de se concerter sur une salle, de choisir un diffuseur et de fixer le prix de la place. Nous pouvons dès lors ouvrir les réservations virtuelles, qui permet de garantir aux demandeurs une place, avec le fonctionnement classique d’une billetterie, comme le choix des catégories de place.

Par la suite nous fixons la date de l’évènement, toujours en concertation avec la production et la salle, et avec l’accord des souscripteurs la réservation devient définitive puis la place est validée. Il est bien entendu possible d’annuler sa pré-réservation sans être débité.

Notre objectif est de considérablement dynamiser le secteur de l’humour. Beaucoup d’artistes très talentueux n’ont pas la chance d’avoir suffisamment de visibilité pour commencer des tournées, tandis que beaucoup de personnes se plaignent de ne pas voir leur artiste préféré dans leur ville. Il suffit de regarder sur les pages facebook des artistes, les tournées peuvent parfois couvrir près de 80 villes mais cela ne suffit pas à satisfaire tout le monde !

Pourquoi avoir choisi le festival OFF d’Avignon pour lancer votre site ? Le public étant déjà sur place et alors que vous souhaitez faire du « sur-mesure », n’êtes-vous pas trop éloignés de votre concept dans ce cas ? S’agit-il d’une stratégie de communication ?

Le OFF du festival d’Avignon est un des événements majeurs et incontournables pour le secteur du spectacle vivant, c’est un peu comme le festival d’Angoulème pour les amateurs de BD ou bien Cannes pour les cinéphiles. C’est au contraire le meilleur endroit pour lancer le concept. Je ne sais pas s’il s’agit de « stratégie de communication » à proprement parler, je pense que c’est le moment idéal puisqu’il n’y aura que des amateurs de spectacles.

D’après les chiffres du festival OFF, seulement 20% des quelques 750 000 visiteurs attendus habitent en région PACA, les autres venant d’autres régions de France. C’est une opportunité exceptionnelle de rencontrer tous les passionnés de spectacle francophones. Si beaucoup de spectacles se jouent pendant le Festival, les spectateurs n’auront certainement pas l’occasion de voir tout ce qui leur plaît. C’est là que nous pouvons les aider.
Ils peuvent ainsi participer activement à la programmation culturelle, et demander à voir ou revoir les spectacles de leurs choix… Mais cette fois-ci dans leur ville !

Vous dites que beaucoup de villes ne proposent pas de spectacles. Pouvez-vous nous citer des exemples ? Le problème est-il un manque d’intérêt du public ou une manque de volonté politique culturelle ?

Je ne pense pas qu’il s’agisse d’un manque d’intérêt du public, les rapports annuels du centre national de la chanson, des variétés et du jazz (CNV) indiquent une croissance constante du nombre de billets vendus en humour. Je ne peux pas blâmer non plus le manque de volonté politique culturelle, les budgets des communes sont régulièrement revus à la baisse et l’enveloppe dédiée à la culture ne l’est pas uniquement pour le spectacle vivant humoristique.

Pour rester dans le circuit institutionnel, nombre de communes comme Le Beausset (83), Angerville (91) ou des centaines d’autres mettent en place des programmes culturels afin de satisfaire les citoyens. Mais il ne s’agit que de quatre ou cinq représentations par an en moyenne, la plupart du temps pour des raisons de timing ou de budget, et cela peut ne pas suffire pour les spectateurs. Il faut ensuite faire la différence avec le secteur privé, où beaucoup de dates sont organisées hors du circuit institutionnel. Mais dans tous les cas le problème reste à mon sens le même : il n’y a pas une suffisamment bonne adéquation entre l’offre et la demande.

« Merci Public est un nouveau média qui centralise l’essentiel de la culture humoristique »

Le public a une place centrale dans votre démarche. Mais qu’en est-il des artistes et de la ville ? Comment envisagez-vous de gérer les aspects logistiques (salle, sécurité, etc.) ? Que se passe-t-il en cas de refus de la part de la ville ou de l’artiste ?

Nous avons conçu Merci Public pour qu’il n’entre en conflit avec aucune offre déjà présente, et ne desserve les intérêts d’aucune partie. Les artistes sont bien évidemment essentiels au développement de notre plate-forme. C’est notamment grâce à eux que nous pouvons parvenir à nous faire connaître et sans les humoristes, nous n’existerions pas. De même pour la ville qui accueille le spectacle, sans ville et donc sans théâtre, rien n’est possible.

Si jamais l’artiste est déjà programmé dans une ville, les spectateurs peuvent réserver leurs billets sur notre plateforme, c’est pour cela que nous intégrons la billetterie de chaque artiste sur sa page Merci Public. De cette manière nous ne perturbons pas l’activité des réseaux classique mais au contraire nous pouvons l’appuyer. En cas de refus de l’artiste, nous signalons simplement la forte demande du public dans la ville en question. Si c’est le théâtre qui refuse, nous tâcherons de trouver un théâtre correspondant à la demande le plus près possible.

Vous visez en priorité l’humour francophone, qui, selon vous, ne remplit pas les salles ou peine à trouver un public adapté. De fait, qu’est-ce que ce système de pré-réservations peut changer ?

Je ne veux pas dramatiser, le spectacle vivant fonctionne tout de même. Mais on a pu constater, il est vrai, une certaine perte de vitesse, en particulier pour des artistes de notoriété intermédiaire. J’ai le sentiment qu’à présent s’il n’y a pas une couverture médiatique très forte, il est très compliqué de pouvoir obtenir de belles salles.

Merci Public est justement un nouveau média, qui centralise l’essentiel de la culture humoristique. La demande permet de vérifier l’appétence du public pour un spectacle dans une ville donnée, c’est déjà un élément de valeur pour les artistes qui peuvent dorénavant localiser la demande. La pré-réservation consiste en une autorisation de débit uniquement si la date est validée, qui est annulable à tous moments par le souscripteur. On estime qu’une pré-réservation est un message fort, qui permet à 90 % de s’assurer de la présence de la personne à la représentation. Cela permet d’avoir des chiffres rassurants pour l’artiste sans pour autant engager financièrement la personne qui a pré-réservé son billet.

De manière plus générale et dans d’autres secteurs, on se rend compte que le consommateur final (le spectateur) n’est plus relégué à la fin de la chaîne de création de valeur, mais en investit également les maillons supérieurs et intermédiaires. Air B’n’B, Uber et Lyft ont ouvert la voie : l’économie participative et collaborative représente une manière plus intelligente de consommer, plus pragmatique, et plus en lien avec les attentes du public. Et puis si maintenant il est possible de se faire livrer ses courses à domicile, pourquoi pas son humoriste favori ?

Le site internet de Merci Public : www.mercipublic.com

(C) L’équipe de Merci Public au grand complet avec, de gauche à droite : Wandrille Guerdon, Co-Fondateur – Mehdi Rabah, Co- Fondateur –
Anissa Yahiaoui, Communication/Design – William Descamps, Développeur/Intégrateur – Pauline Douvier, Communication/Réseaux sociaux.

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