Ukraine : l’odyssée d’une famille pris dans la tourmente de l’histoire

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Par Régis Sully – Les Français ont rarement entendu parler de l’Holodomor. Cette famine planifiée en 1932 et 1933 par Staline qui fit 4 millions de morts de faim rien qu’en Ukraine, région où la paysannerie paya le plus lourd tribut, six millions au total en URSS.

C’est dans ce contexte historique tragique que se situe le témoignage de Nicolaï Koliada recueilli par sa fille Catherine Koleda. D’emblée, le lecteur est plongé dans la guerre qu’ont déclarée les dirigeants communistes aux Koulaks, ces paysans qui possèdent quelques arpents de terre et quelques têtes de bétail. Tout jeune, le témoin assiste aux exactions des Bolcheviks dans le cadre de la collecte forcée des récoltes et de la collectivisation tout aussi forcée des terres. Ces grands parents en sont victimes sous ses yeux . Déportés, Ils disparaissent en Sibérie. La famille de Nikolaï, composée de ses deux parents Ivan et Elena, de ses deux frères Ivan,Stepan et de sa soeur Anna, aînée de la fratrie va fuir l’Ukraine comme des milliers d’autres familles pour échapper à la famine, dans une semi clandestinité car la Guépéou veille ou plus exactement surveille. En effet une circulaire datée du 22 janvier 1933 ordonne aux autorités locales d’interdire par tous les moyens ses départs massifs de paysans vers les villes et de ramener les brebis égarées dans leur foyer. Donc, sans gommer la singularité de cette famille attachante par ailleurs il est indispensable de la replacer dans cette migration collective contrainte. Dès lors, le lecteur va suivre l’odyssée de cette famille à travers ses déplacements successifs en Biélorussie dans le Caucase avec des rencontres qui permettent de se faire une idée de cette société aux prises avec un régime totalitaire où les individus se révèlent tels qu’ils sont. Une deuxième fois la famille Koliada va être percutée par la grande histoire: la seconde guerre mondiale. Refus d’aller défendre le régime stalinien honni, Ivan et Stepan mobilisés, puis Nicolaï n’auront qu’un but déserter. Sous l’occupation allemande , les choses se sont relativement bien passées pour cette famille à la lecture de ce témoignage du moins. Notons simplement un refus tout aussi catégorique de porter les armes aux côtés des troupes allemandes. Pour ces populations de l’Est, ce dilemme Soviétiques ou Allemands s’est posé. Reste que l’avancée des troupes soviétiques décide la famille Koliada, comme d’autres familles, de suivre les Allemands dans leur retraite. Trêves, leur point de chute en Allemagne, fait qu’ils sont libérés par les troupes américaines. La famille, amputée d’Ivan et de Stepan, trouve enfin la paix.
Un témoignage captivant où l’irruption de la grande histoire a bouleversé les membres de cette famille mais également leurs descendants dont la fille qui a eu l’excellente idée de recueillir ce récit de son père. Indispensable en complément des livres consacrés à la période dont je livre de mémoire quelques titres pour aller plus loin.

Quand Staline nous affamait.
Récit d’un survivant ukrainien.
de Catherine Koleda
Editions Jourdan
18,90€
www.editionsjourdan.com

Pour aller plus loin :

> Le livre noir du communisme de Stéphane Courtois – Editions Robert Laffont

> Terres de sang L’Europe entre Hitler et Staline Timothy Snyder Gallimard

> Le Figaro Histoire – Décembre 2015/ janvier 2016 Lire l’excellent article d’Alain Besançon « Le mur du silence n’est pas encore tombé »

> L’ivrogne et la marchande de fleurs Nicolas Werth aux Editions Tallandier

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