Joy : un film au faire-valoir insipide

par

Par Florence Yérémian – Ce film est l’histoire de Joy Mangano racontée avec bienveillance par sa grand-mère. Joy a grandi au sein d’une famille déjantée qu’elle a du apprendre à gérer dès son plus jeune âge. Divorcée avec trois enfants, elle loge chez elle son ex-mari, porte sur ses bras une mère dépressive et abrite occasionnellement son père à chaque fois que ses maitresses le quittent.

Malgré son intelligence Joy a du mettre de côté tous ses rêves et son ambition pour se laisser envahir durant près de 20 ans par un quotidien sordide. Le temps de tourner la page est cependant venu et cela grâce à l’invention d’un simple objet ménager : le Magic Map! En concevant la première « serpillère essorable», Joy va enfin pouvoir prendre son envol d’entrepreneuse et entamer une impressionnante sucess-story!

Ce nouveau film de David O. Russell est un sympathique biopic consacré à une femme très peu connue outre-Atlantique: Joy Mangano. Cette Business Woman américaine compte à son actif des centaines d’inventions brevetées (dont les cintres anti-dérapants!) qui lui ont permis de construire un véritable empire commercial. Afin de mettre en avant son parcours singulier, David O. Russel a misé sur l’une des stars de l’année: Jennifer Lawrence. Belle et audacieuse, Miss Hunger Games aurait pu user de son charisme afin d’incarner une Joy Mangano volontaire et battante; elle compose cependant un portrait de femme d’affaire excessivement doucereux auquel on a vraiment du mal à adhérer. Avec sa fraicheur candide, ses bonnes résolutions et son petit sourire d’autosatisfaction, Jennifer Lawrence ressemble d’avantage à l’amusante Bridget Jones qu’à une Executive Woman déterminée.

Bien que précise, son interprétation demeure trop lisse : aucune trace de frustration, de ténacité et pas vraiment de joie lorsque sa carrière décolle… A aucun moment le spectateur n’est ému face à ses sacrifices ni même porté par un semblant d’enthousiasme. Tout stagne en demi-teinte dans l’histoire de cette héroïne et il en va, hélas, de même pour le reste du casting: Robert De Niro nous livre un père fantasque mais sans caractère, la ravissante Virginia Madsen s’enlise dans le rôle d’une mère lobotomisée par des séries TV, quant à Isabella Rossellini, elle sauve un peu la mise en jouant de façon désinvolte les veuves baroques.

En regardant ces drôles d’oiseaux évoluer autour de Joy, l’on regrette que le réalisateur n’ait pas poussé d’avantage l’aspect burlesque de tous ses personnages. Au fil du film, ils perdent progressivement leur côté loufoque et décalé pour ne s’intéresser qu’à l’appât du gain. Exceptée la présence du plombier créole (Jimmy Jean-Louis) qui apporte une franche touche d’humour, l’ensemble du scénario s’enlise donc dans des banalités et des clichés à l’américaine fort peu crédibles. Même si la bande-son est superbe, l’on s’ennuie en regardant Joy durant deux heures et l’on n’a même pas la satisfaction finale de comprendre pourquoi cette femme a été nommée «créatrice de l’année 2014 » par le magazine Fast Company !

Joy ? Un faire-valoir insipide produit en partie par … Joy Mangano herself. Tout s’explique !

Joy
Un film de David O. Russell
Avec Jennifer Lawrence, Robert De Niro, Bradley Cooper, Edgar Ramirez, Isabella Rossellini, Virginia Madsen, Diane Ladd, Isabella Cramp, Jimmy Jean-Louis

Sortie nationale: le 30 décembre 2015

Lire aussi dans Cinéma :

Robert Guédiguian : Une Histoire de fou… et de légitimité

Les nouveaux loups du Web : un documentaire choc sur la vie privée

Beijing Stories: un regard amer sur l’urbanisation de la Chine

Un Docteur Frankenstein divertissant mais sans surprise

Macbeth: une oeuvre cinématographique d’un esthétisme abyssal

Back Home: un film intime de Joachim Trier sur la famille

Laissez votre commentaire

Il vous reste

4 articles à lire

M'abonner à