La force de gouverner : l’essai passionnant de Nicolas Roussellier

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Par Régis Sully – Après la défaite de 1870, les Républicains ont toujours été hostiles au pouvoir exécutif surtout incarné par une personne en l’occurence le président de la République. Il y avait là un relent de Monarchie ou d’Empire et une menace à terme pour la démocratie. Certains d’entre eux ont même inscrit la suppression du Président de la République dans leur programme. Au mieux, le pouvoir exécutif doit être cantonné à l’exécution des lois votées par les représentants de la nation et il doit également leur rendre des comptes. Quant au Président, il n’a qu’une fonction de représentation.

En 1958, le retour du général De Gaulle consacre la prééminence du pouvoir exécutif au travers de la nouvelle constitution de la Ve République. Aboutissement ou rupture?
L’essai de Nicolas Rossignol relate la montée en puissance du pouvoir exécutif tout au long de la troisième et quatrième République sous l’empire de la nécessité. Et l’intérêt de cet ouvrage est d’expliquer au travers d’exemples concrets, comme le vote et l’application de la loi de 1901 puis celle de 1905, la confrontation entre l’assemblée et le gouvernement, de montrer également le rôle spécifique et indispensable de l’Exécutif dans l’application de la loi. Inéluctable donc, la montée en puissance de l’exécutif. Elle est perceptible, entre autres, au travers de faits comme les voyages présidentiels qui tendent à remettre le Président au centre de la vie publique même si cela reste symbolique, perceptible également dans la réforme gouvernementale qui subrepticement va étoffer l’entourage du président du conseil. Le pouvoir exécutif gagne en autonomie à l’abri des querelles institutionnelles, autonomie favorisée d’ailleurs en grande partie par des hommes politiques tels que Léon Blum. 1958 viendra consacrer le triomphe de l’Exécutif. Le souci du général De Gaulle est de le tenir hors d’atteinte du « forum parlementaire ». Désormais le Président règne et gouverne, le rôle du premier ministre est relégué au second plan. Quant au Parlement il a perdu sa suprématie. De Gaulle bénéficie des apports antérieurs qui ont favorisé l’Exécutif à savoir la modernisation de l’appareil gouvernemental, le développement du pouvoir réglementaire en cela c’est un aboutissement mais une rupture également dans l’abaissement du Parlement et le triomphe de l’Exécutif.
Mais ce système institutionnel qui était en harmonie avec son temps l’est-il encore aujourd’hui avec l’ouverture de l’économie française à la concurrence internationale et les transferts de souveraineté à l’union européenne qui vident en partie de sa substance le pouvoir politique? L’auteur pense que s’ouvre une nouvelle « ère de changement constitutionnel »
Les thèmes abordés dans ce livre peuvent paraître austères mais le mérite de l’auteur est de rendre accessible au travers d’exemples concrets les enjeux qu’is sous-tendent. On ne peut qu’en conseiller vivement la lecture.

La force de gouverner
Le pouvoir exécutif en France XIXe – XXe siècles
Nicolas Roussellier
Editions Gallimard
Collection NR Essais
848 pages
24,99 euros

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