Un Docteur Frankenstein divertissant mais sans surprise

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Par Nicolas Vidal – La légende de Frankenstein hante les salles obscures depuis des lustres. Près de 80 films ont été réalisés sur ce savant fou tout droit sorti de l’étrange imagination de Mary Shelley.

C’est à présent au tour de Paul McGuigan de revisiter le mythe de ce Prométhée moderne à travers un casting de choix qui ne parvient cependant ni à nous effrayer, ni à nous séduire…
Réinterprété de façon assez singulière, le récit épistolaire de Miss Shelley cède ici sa place à un tout autre scénario: l’histoire de Frankenstein est mise en avant à travers le regard d’un jeune bossu nommé Igor. Sauvé d’un horrible cirque par le Docteur Victor Frankenstein, ce drôle de Quasimodo possède une telle intelligence qu’il devient rapidement l’assistant de son bienfaiteur. Enfermés dans un laboratoire gigantesque, les deux chercheurs conçoivent ensemble des créatures à travers lesquelles ils tentent d’insuffler une étincelle de vie. Victor et Igor dépassent cependant les limites de la morale chrétienne et ils se retrouvent bientôt poursuivis par Andrew Scott, l’un des meilleurs agents de Scotland Yard. Ils s’enfuient alors dans la demeure écossaise d’un riche mécène (le « so British » Freddie Fox!) dans l’espoir de pouvoir enfin terminer leur hérétique création.

Malgré son infidélité au texte original, cette nouvelle adaptation de Frankenstein a un avantage certain : le réalisateur Paul McGuigan a eu l’heureuse idée d’offrir à ses spectateurs un savant aussi jeune que séduisant. C’est effectivement à James McAvoy (le Professeur d’X-Men) que revient le rôle du Docteur fou! Dépoussiérant ses prédécesseurs de leur vétusté, il confère à son personnage énormément de charme et d’élégance. Avec ses yeux dévorants et son exaltation permanente, il porte tout le film à bout de bras : le regard possédé, le sourire carnassier et le cerveau fumant, James McAvoy est d’une impulsion sans faille et incarne de façon vorace un scientifique prêt à tout pour atteindre son but.
Dissimulé derrière son dos, Daniel Radcliffe semble avoir du mal à s’affirmer (et on le regrette!). Le teint livide et la voix fragile, il interprète timidement Igor, le modeste bossu. Certes, son rôle d’assistant relègue Radcliffe au second plan mais l’on se lamente tout de même sur son manque de prestance. Du haut de ses 26 ans, on a le sentiment que l’acteur ne s’est pas encore délivré de l’emprise d’Harry Potter et qu’il cache son talent derrière des figures aussi serviles que résignées.

Au cours du film, fort heureusement, la servitude d’Igor envers Frankenstein va peu à peu se transformer en une certaine amitié, ce qui va permettre au réalisateur d’apporter une note de camaraderie et d’espoir au sein de son histoire. McGuigan est d’ailleurs très attaché à l’aspect humain et sensible de ses protagonistes : il offre au pauvre Igor l’occasion de tomber amoureux d’une jeune trapéziste (Jessica Brown Findlay), il fait apparaitre en filigranes la famille de Frankenstein (Devinez qui joue son père?…) et il invente la figure pieuse de l’inspecteur Turpin qui va s’acharner du début à la fin contre toute idée démoniaque. Interprété par Andrew Scott, cet inspecteur tourmenté de Scotland Yard n’admet pas que l’on puisse défier Dieu en voulant créer la vie: à ses yeux Victor Frankenstein est donc l’allié de Satan (il est vrai qu’avec sa barbiche James McAvoy a de faux airs de Méphisto…) et il va tout mettre en oeuvre afin de l’empêcher d’engendrer ses macabres créatures.
Il faut dire que ces dernières sont particulièrement répugnantes: conçues à partir de dépouilles animalières, elles ont le faciès difforme et sont recouvertes de mouches ou de plaies purulentes (Âmes sensibles, fermez les yeux!!!). Si l’on parvient à faire abstraction de l’aspect exessivement hideux de ces homoncules, il est intéressant de constater que le réalisateur invite son public à une réflexion plus poussée du texte de Mary Shelley : écartant l’aspect surnaturel ou fantastique propre au récit originel, Paul McGuigan en propose une relecture contemporaine mettant en images le débat très actuel sur la science et ses possibilités évolutives : Si l’homme en a la possibilité, doit-il créer la vie ou est-il définitivement destiné à n’engendrer que le mal?

Le questionnement est intéressant mais il est livré sur un ton si léger que le spectateur ne le prend pas au sérieux et finit par trouver cette histoire de monstres assez ridicule. Malgré l’humour qui se glisse volontiers dans les dialogues du film et en dépit de ses très beaux décors évoquant l’Angleterre Victorienne, l’on quitte ce Docteur Frankenstein en ayant l’impression d’avoir assisté à une parodie un peu gore du Sherlock Holmes de Guy Richie. Avec un tel duo d’acteurs à la clef (Radcliff / McAvoy), l’on se dit que c’est vraiment dommage !

Docteur Frankenstein? Une relecture nerveuse mais désincarnée de l’oeuvre originale.

Docteur Frankenstein
Réalisé par Paul McGuigan
Avec James McAvoy, Daniel Radcliffe, Jessica Brown Findlay, Andrew Scott, Freddie Fox, Bronson Webb
1h50 – 2015
Sortie nationale: le 25 novembre 2015

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