Emilie Frèche : la midinette et le textomane

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Par Marc Emile Baronheid – bscnews.fr / Ce roman s’intitule « Un homme dangereux ». Charge balourde contre les prédateurs pervers et narcissiques, il révèle une femme à l’ego surdimensionné, inoffensive comme une mine antipersonnel. La paille et la poutre. Emilie, narratrice, écrit des romans. Le dernier, consacré à son père, a été porté à l’écran. On a gardé le titre du livre : Un vrai salaud.

Bien sûr, Emilie n’a aucun problème avec les hommes. Ainsi, tout se passe bien entre elle et Adam, son mari chirurgien. Elle le trompe discrètement pour Benjamin. Une liaison hygiénique. Puis elle croise Benoît, écrivain et chroniqueur sur le retour, qui pourrait lui être utile pour la promotion du film frappé de modestie.
Ce sexagénaire qui « ne savait pas se faire aimer sans faire souffrir » la bombarde de textos, lui imposant une omniprésence dont elle entretient la flamme maléfique avec une vigilance de vestale défroquée. C’est le prétexte à l’illustration de la dictature du téléphone portable, ce ressort inévitable du vaudeville d’aujourd’hui. Emilie subit, Emilie est humiliée, Emilie en redemande, dans un roman qui bafoue allègrement l’estime de soi, rengaine à la mode des officines de la manipulation consumériste. Elle incarne sa propre marionnette, dans une pantalonnade digne des guignols du clavier ayant le mérite de demander qui, du bourreau ou de la victime, domine la relation de dépendance.
Parodie cruelle du féminisme à l’insu de son plein gré, ceci est le chaînon manquant entre Harlequin et Eliette Abécassis.

« Un homme dangereux »
Emilie Frèche, Editions Stock
19,50 euros

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