L’information : c’est savoir ou comprendre ?

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Par Sophie Sendra – bscnews.fr / Cette grande question – qui ressemble à un sujet de philosophie de baccalauréat – a été un slogan de publicité pour la station de radio Europe 1, elle fut prononcée par Fabrice Luchini, homme de grandes citations, de grands textes. Malheureusement il faut se rendre à l’évidence, cette question reste toujours sans réponse. A l’heure des chaînes de télévisions d’information(s) en continu, il est peut-être possible de répondre à ce dilemme, ce choix qui paraît manichéen.

L’Information est peut-être tout autre chose que la liaison « dangereuse » entre ces deux verbes ? Peut-être est-elle devenue un produit de consommation, un zapping permanent qui la vide de toute substance ? Son contenu est peut-être devenu secondaire au profit de ses présentateurs ? Pour répondre à une telle question, il faut sans doute revenir aux sources.

L’Étymologie pour faire Sens

Le mot « information » veut dire « ce qui donne forme » à l’esprit, ce qui «forme une idée de » quelque chose. Une information est donc en mesure de donner des éléments suffisants pour se forger une idée claire et distincte sur tel ou tel sujet. Une information trop rapide ne donne pas de renseignements étayés pour se faire une idée, pour donner à l’esprit des données précises à la bonne compréhension de son contenu. Lorsque l’information est trop rapidement donnée elle peut être « sue », mais pas forcément comprise. Ainsi il est possible de penser que la réponse à la question posée – l’Information, c’est savoir ou comprendre ? – est qu’elle est avant toute chose réservée au domaine du savoir. Pour comprendre l’Information donnée, il faut une seconde étape nécessaire. Or, pour « savoir » quelque chose il faut déterminer ce que ce verbe veut dire.
« Savoir » veut dire « avoir de la saveur » (sapere en latin), au sens ordinaire et philosophique du terme cela veut dire « connaissances précises, solides dans un domaine donné ». Pour savoir une Information il est donc impératif que cette dernière soit précise, fouillée, régulée par des connaissances, une rigueur intellectuelle, elle peut être comprise qu’à ces conditions, sinon la « compréhension » sera biaisée. Théorie des dominos oblige, l’Information est alors imprécise, le savoir qui en découle l’est aussi et la compréhension est vidée de son sens.
Faire « Sens », c’est donner un but, une direction mais également une signification. Fort de ce constat, le téléspectateur de ces chaînes d’Information en continu doivent se poser la question de savoir quelle est la signification, la direction et la précision de ce qu’on lui livre.

Comprendre le mot

Comprendre veut dire « prendre avec soi », « embrasser par la pensée », c’est l’acte par lequel l’intelligence saisit un phénomène, une notion, une information, charge à cette « intelligence » d’en déterminer la ou les causes, la ou les raisons. L’Épistémologie explique qu’il s’agit de saisir le sens global de tout phénomène. L’Information n’échappe pas à la définition. Comprendre ce qui est livré en reportage, lors de la diffusion des bandeaux défilants ou lors d’interviews, c’est « prendre avec soi » une pensée, un phénomène et en déterminer les causes et les raisons.
L’Information demanderait-elle du temps pour saisir les Informations ? Assurément. La connaissance, le Savoir, la Compréhension en demandent beaucoup. Les chaînes d’information en continu donnent-elles du temps ? Assurément non. Il est un impératif, celui de zapper vite, bien, sans transition, de consommer, de donner des informations dont on ne sait pas grand chose, rapidité, vitesse, concurrence oblige. Il faut donc que le public sache, qu’il comprenne, on verra plus tard.
Le temps de l’Information est long parce qu’il engage des processus qui ne peuvent convenir à la réduction. S’informer, c’est comprendre dans la durée, c’est se rappeler d’éléments sus et régulés par les connaissances. C’est faire des liens entre les éléments et les phénomènes, c’est ne pas oublier l’étape de l’explication.

Où sont nos Informations ?

L’Information c’est aussi la lutte contre l’oubli. Savoir et Comprendre sont deux verbes qui engagent à « creuser » les phénomènes.
Où sont les jeunes filles enlevées par la secte Boko Haram ? Où en est la guerre en Crimée ? Que deviennent les failles détectées sur les réacteurs nucléaires de Fukushima ? Que devient la procédure d’enquête du crash de la Germanwings ? Qu’est devenu le procès du serial killer canadien Luka Magnotta ? Que sont devenus les tableaux flamands de Claude Guéant ? Où sont les étudiants disparus au Mexique ? Qui est Issaias Afeworki, dictateur de l’Érythrée, responsable de la fuite de sa population, celle qui meurt en mer méditerranée ? Des informations comme celles-là il y en a des centaines, des questions qui réapparaissent furtivement et qui laissent place au football, au tennis, aux scandales divers et variés, aux petites phrases, aux analyses sur la fabrication des fromages de chèvres dans le centre de la France. L’information suit son cours, perdant ainsi sa majuscule de départ. Elle devient produit de consommation courante, faite de questions plus que de réponses, animée par des présentateurs tenus de faire le buzz, vedettisés, centre de l’attention qui prennent plus de place que leurs invités, qui répondent à leurs propres questions sans être passeurs de connaissances.
Aujourd’hui, l’Information a perdu de sa superbe, elle a tendance à n’être ni l’action de savoir ni l’action de comprendre, elle est un speed dating permanent, un fast food de la connaissance, aussitôt donnée, aussitôt digérée, aussitôt oubliée.

S’il fallait conclure

La question posée « L’Information, c’est savoir ou comprendre ? » était charmante lorsqu’elle fut prononcée par Fabrice Luchini, elle était sans doute plus ouverte qu’elle ne l’est de nos jours. Bien s’informer, c’est savoir et comprendre, dans un duo indéfectible. L’Information ne semble plus convenir qu’à une seule activité désormais, la lecture.

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