Bertrand du Chambon : la vraie bonne surprise d’un polar

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Par Laurence Biava – bscnews.fr / De Bertrand du Chambon, on connaissait l’appétence pour les romans d’obédience plutôt historique comme le démontrent ses anciennes publications, et nullement celle pour les romans noirs. Ce polar, premier du genre, est donc une surprise ! Une vraie bonne surprise !

Yugurthen Saragosti est un être singulier, pétri de contradictions et de paradoxes. Il est flic, juif originaire du Mzab, attiré par le mysticisme soufi. Dans le roman dont il est le personnage principal et (presque) le héros parfaitement contemporain à l’image de son époque (le lecteur comprend pourquoi au fil des pages), il incarne un certain autodidactisme. Et de surcroît, il est bienveillant, guidé par un altruisme teinté de culpabilité. Yugurthen court non seulement partout mais il trébuche au gré de ses investigations. Son attirance pour la sculpturale Mélodie en dit long sur le peu de hasard réservé aux rencontres amoureuses. Le récit promène également d’autres profils bien trempés -policiers véreux, mafieux insulaires, dealers et détraqués – car Saragosti n’évolue pas seul. Il y a Sadak mi-SDF, mi-partouzeur entretenu par un travesti. Celui-ci décède le crâne fracassé au pied de l’immeuble où réside son père. Il y a Volpellio chargé d’enquêter sur cette victime qui indiffère tout le monde. Sauf Yugurthen qui se souvient avoir une dette envers elle. Le roman va ainsi de périgrénation en périple. Le souffle est haletant, la narration amplement nourrie. Le décor et l’ambiance sont glauques, parfois sordides. Autant être prévenus !
On ne sait pas jusqu’à quel point Bertrand du Chambon a plongé en lui-même pour nous offrir des antihéros aussi foisonnants, aussi surprenants ! Il y a sans doute plusieurs parties de lui dans toutes ces descriptions concaves et convexes, et ces enchevêtrements. On comprend que l’intrigue se déroule dans le milieu de la pègre marseillaise. Le roman est très documenté. C’est évident, l’auteur connaît bien Marseille. Et cette connaissance parfaite de la ville, de ces mouvements et de ces respirations aident d’ailleurs à mieux accepter la noirceur que dégage le récit.

Ainsi, Bertrand du Chambon semble nous renseigner sur ce que nous sommes censés (devoir) connaître et que nous méconnaissons totalement. Cette vie dans la cité, sous ces latitudes, une « réalité » que nous ne percevons que par le filtre de minuscules fragments romanesques, ou par l’effet retors de la puissance médiatique.. C’est un roman qui reflète la vision des relations humaines de l’auteur. L’intrigue est ténue. Le style est limpide. Les puissants sont conspués mais les plus petits ne sont pas forcément mis sur un piédestal non plus ! Le scénario est finement troussé – les fausses pistes s’accumulent ! – La fin est totalement inattendue.
Bertrand du Chambon a écrit un livre extraordinairement lucide. Finement écrit et brillant.

Yugurthen
Bertrand du Chambon
Editions Seuil – Romain noir
18 euros – 240 pages

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