Une bien mauvaise affaire pour le monde du livre – abonnés

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Par Nicolas Vidal – BSCNEWS.FR / On s’alarme sans cesse de la désaffection de la société pour la lecture. Nombreux parmi nous pointent la mise en danger d’un écosystème économique et craignent l’effondrement progressif et certain d’un pan entier de notre culture en tant que terrain d’imagination et plus largement de réflexion.

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Les études succèdent aux études sur la place que la lecture occupe dans nos plages de temps libre, réduite à la portion congrue face aux divertissements et autres loisirs de toutes sortes dont la télévision cannibalise une part très importante. Les courbes sont attirées par des profondeurs toujours plus abyssales. Les chiffres sont alarmants. Les Français lisent moins, c’est indéniable et inquiétant à la fois. Et c’est encore plus criant pour les jeunes générations.
Mais, en ce mois de septembre, pour cette grande fête proclamée du livre où plus de 600 titres ont été déversés en librairies, un seul livre a suffi à secouer la nation française toute entière jusqu’à des soubassements oubliés bien au-delà des arrondissements parisiens voués aux belles lettres : l’ouvrage de Valérie Trierweiler.
Je ne veux pas débattre ici de la question de l’intérêt de publier ou non un tel livre, car c’est un choix qui regarde l’éditeur en tant qu’entreprise confrontée à une logique financière dans un secteur en crise. Je ne parlerai pas non plus de la pertinence d’écrire un livre de cette sorte. Cela est une question à laquelle seul l’auteur peut répondre. Et encore moins de son contenu.
Je m’interroge toutefois sur cet engouement effrayant qui a poussé des milliers de nos concitoyens à se jeter en quelques heures seulement sur ce titre autant sur le temps passé à le lire. Je ne parviens à différencier ce troublant fait social de la bonne santé relative de la presse people alors que la presse généraliste, politique et culturelle connaît de graves difficultés depuis de longs mois maintenant dues à une érosion de son lectorat. N’y a-t-il pas là un terreau commun à ces deux états de fait ? Comment expliquer que ce livre suscite autant d’enthousiasme et d’appétit à une échelle si grande alors que les livres en général génèrent de l’ennui et du désintérêt, analyse confirmée par la baisse des ventes de plus en plus préoccupante et de la précarisation importante du réseau de librairies? Peut-être que la fronde de certains libraires s’appuie sur quelques constatations tangibles et pourrait nous alerter sur le malaise plus profond que ce livre a exposé au grand jour. Car cet ouvrage, bien au-delà de ce qu’il contient, vient de dévoiler une bien mauvaise affaire pour le monde du livre sur laquelle il est urgent de réfléchir.

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