Maurice Ronet : vie et morts d’un feu follet

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Par Laurence Biava – bscnews.fr/ À l’occasion du 30ème anniversaire de sa mort, que reste-t-il d’un comédien quelques décennies après sa disparition ? Ce portrait-enquête d’un prodige du cinéma français des Trente Glorieuses dévoile, sur fond de flashes-back et de dialogues à bâtons rompus avec les survivants, une œuvre au noir inédite, habitée par la mémoire, le goût de l’étrange.

Mourir ? Maurice Ronet ne s’en lassa jamais. Tous les moyens furent bons pour l’inoubliable interprète du Feu Follet. De Becker à Chabrol en passant par Louis Malle, Astruc et Lautner, Maurice Ronet ne cessera jamais de cultiver un style unique, subtil alliage d’angoisse, de séduction et d’élégance. Que pouvait bien dissimuler ce visage inquiet ? Et cette voix blanche, lessivée ?..Jean-Pierre Montal a interrogé les complices et les proches et retrace le parcours imprévisible de l’acteur et la singularité de l’homme.
Dès son enfance, Jean-Pierre Montal avoue sa fascination pour l’homme, mais ne se laisse pas étouffer par elle. Tout à tour, il essaye d’en savoir plus sur l’acteur, le metteur en scène de films de fiction ou de documentaires, mais surtout sur un homme solaire bien plus complexe que son image souvent trompeuse de noctambule pouvait laisser supposer. Le livre est parsemé de ces entretiens avec ceux qui ont fréquenté Ronet : il y a Anouk Aimée, Alexandre Astruc, Jean-Charles Tacchella. Montal dresse un panthéon bien subjectif des films de Ronet. Sur plus de 90 tournés, il en retient 17, qu’il commente rigoureusement sans trop s’apesantir.

Montal raconte à peu près tout : l’histoire mi – sulfureuse mi – romantique qui accompagna Ronet toute sa vie, ce romantisme frelaté et désuet comme celui qui recouvrit de sa relative cruauté son contemporain et complice Roger Nimier, ce « frère jumeau ». L’auteur dit l’habitué de Castel et des bars de la rive droite, l’oiseau de nuit qui ne regagnait son nid qu’aux petites heures de l’aube, le play-boy couvert de femmes à la posture individualiste de droite, et enfin, l’homme engagé pour l’Algérie française, qui ridiculisa Mai 68, et se situait du côté des Hussards de la droite littéraire. L’ouvrage-mémoire de Jean-Pierre Montal a le mérite de montrer quelques photos en noir et blanc de Ronet avec ses compères acteurs ou avec sa dernière femme. Des images authentiques et naturelles sans Delon, « le faux-frère » dont la beauté éclipsa trop souvent la sienne.
Dans cet opus magnifique, il y a, au-delà de la rigueur et de la force du texte, des instantanés photographiques qui révèlent la séduction ténébreuse de ce bel homme, son élégance lasse, sa vulnérabilité mélancolique, sa pudeur. Il y a enfin le regard tourné vers l’intérieur qui illumine le visage, lui donnant vie au même titre que la voix, fantomatique.

Maurice Ronet, les vies du feu follet
Jean-Pierre Montal
Editions Pierre-Guillaume de Roux
173 pages
Prix : 20,00 €

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