La trilogie Münchausen : place aux joutes oratoires du Grand Siècle!

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Par Florence Gopikian Yérémian – bscnews.fr/ Gentes dames et gentilshommes, amateurs du beau style et de l’improvisation, venez donc vous divertir dans les salons cossus du théâtre Monfort !

Accompagné d’un verre ou d’une assiette frugale, prenez place aux multiples tables de ce salon éphémère afin d’assister, le temps d’une soirée, à de succulentes joutes verbales! Si vous êtes novice en la matière, sachez que pour ce genre d’exercice les comédiens mis en lice doivent non seulement maitriser le verbe à la perfection mais qu’il leur est demandé de maintenir leur imagination en ébullition permanente. 

XVIIIe siècle oblige, c’est sur une musique de Lully que les artistes font leur entrée: perruqués et poudrés dans la tradition du Grand Siècle, ils paradent parmi les convives que nous sommes en nous couvrant d’œillades subtiles et de regards complaisants. Une fois les présentations faites, les jouteurs prennent leurs aises à une table tournante face à un arbitre des plus exigeants. Le principe du jeu est simple: des sujets sont successivement tirés au sort et chaque bretteur possède un temps limité pour concocter une histoire. Si celle-ci est pertinente : sept écus sont à la clef, si par contre le récit perd son fil et s’égare, la somme sera tronquée. Le gagnant final de cette soirée devra détenir la plus grosse bourse de pièces, mais la chose n’est pas aussi simple qu’elle y parait car toute impertinence ou grivoiserie est sanctionnée par l’arbitre!

Les participants changent selon les jours et les joutes ; pour ce soir de décembre, ils sont au nombre de quatre: la Baronne Marie-Adélaïde de la Motte du Pape, le Marquis Stanislas de la Hulotte, l’excentrique Marquise Agathe Ange de la Roseraie et un certain Don Pedro de la Mancha, cavallero à la faconde des plus fécondes. Coiffés de leurs énormes barbes à papa, ces quatre « mousquetaires de la prose » attendent les premiers thèmes : « Pourquoi une morue a-t-elle sauvé le royaume du Portugal? « , « D’où est née la tradition du dîner aux chandelles? « , « Comment avez-vous échappé au naufrage de l’Hermione? »... La parole est donnée et une première histoire débute à petits pas. Fusent alors des centaines d’idées qui emportent le récit aux quatre coins du monde: des papillons dragons apparaissent, des tentures prennent feu et l’une des récitantes nous raconte qu’elle s’est retrouvée entièrement nue devant Louis XV!!! Parallèlement aux bons mots de ces éloquents prosateurs, toute une ribambelle d’incohérences sont lâchées: on passe ainsi d’un voyage de courtisane à une rencontre avec un orang-outan et l’on entend même que le roi s’est enfuit sur un cerf volant qui l’a porté jusqu’au Royaume de Prusse!

Ces contes pétris d’humour et de mensonge virent parfois à l’absurde mais il est impossible de ne pas y adhérer ! Au cours de la seconde partie, le public est d’ailleurs mis à contribution pour proposer ses propres sujets ! Chacun prend alors sa plume et s’en donne à cœur joie pour titiller les duellistes en les entraînant dans des joutes oratoires encore plus périlleuses: « Comment peut-on se retrouver déguisé en pingouin dans la galerie des glaces de Versailles? », « Pourquoi le garde-chien du roi s’est-il un jour recouvert de sangsues? »... Imperturbables, les joueurs mythomanes relèvent tous les défis en faisant preuve d’éloquence et de repartie: ils conversent, déclament, se querellent en vers (pour notre plus grand plaisir!) et au fil de la soirée on finit par s’attacher à ces personnages prolixes qui possèdent chacun leurs petites particularités : le Marquis Stanislas manie la pique avec une ironie succulente, Don Pedro imite les cloches de Pâques à ravir et la baronne Marie Adélaïde dandine splendidement de la crinoline en retrouvant parfois son accent québécois! Quant à la Marquise Agathe Ange, elle est si débridée qu’on ne peut que l’adorer! Engoncée dans son corset, elle a des airs de Jacqueline Maillant à moitié éméchée ! Passant de la Veuve Clicquot à une interprétation de Muezzin, elle séduit le public à la moindre de ses répliques! Sa chanson sur « la sauveuse du Harem de Constantinople » aurait d’ailleurs du lui rapporter la première place de ces joutes!

Si vous souhaitez vous divertir, voici donc un concept spirituel et jubilatoire. Ne cherchez surtout pas de vérité historique et laissez vous porter par ces mille et uns récits rocambolesques. Sachez, par ailleurs, que ces soirées fantasques se déclinent sur plusieurs époques: certaines se passent au Far West, d’autres nous font côtoyer des Supers Héros et certaines enfin nous transportent au temps de Louis XV! Concernant ce XVIIIe siècle fort précieux, il serait toutefois plaisant que les comédiens repotassent leurs classiques: une verve plus châtiée ne ferait qu’accroître le plaisir du Roi et le nôtre…

La trilogie Münchausen

Spectacle de : Gwen Aduh 
Avec la Compagnie des femmes à barbes (en alternance): Aurélie de Cazanove, Jeanne Ferron, Stanislas Hilairet, Lula Hugot, Yann de Monterno, Pepito Mateo, Miren Pradier, Gwen Aduh

I

– La Taverne Münchausen
 : 12-13-14 décembre 2013 & 4-5-6-7 juin 2014 à 20h
 Au Théâtre Monfort
 ( 106, rue Brancion – Paris 15e
 )

– Le Saloon Münchausen : 
6 janvier 2014, 3 mars 2014 à 20h30
 à La Nouvelle Ève 
25, rue Fontaine – Paris 9ème

– Super Münchausen : 
3 février 2014, 7 avril 2014 à 20h30

 à La Nouvelle Ève 
25, rue Fontaine – Paris 9ème

– La Taverne Münchausen : 14,15 et 16 octobre 2014 et les 18,19 et 20 mai 2015 au Théâtre Monfort
 ( 106, rue Brancion – Paris 15e
 )

www.femmesabarbe.com


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