Belle performance schizophrénique dans la « Hot House » de Pinter !

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Florence Gopikian Yeremian – bscnews.fr/ 
Il y a Root, Gibbs, Cutts, Lush, Lamb et Tubb. Tous ces êtres monosyllabiques sont membres d’une institution hospitalière qui, en ce jour de Noël, va se transformer en un drôle de nid de coucous.

Au rythme des matricules, des portes qui claquent et des coups de couteau, un suspense morbide va progressivement s’installer entre les murs de cet étrange asile: un patient est retrouvé mort, une autre a été mise enceinte par l’un des membres de la maison, le directeur n’en finit plus de paniquer et le carnage n’est pas prêt de s’arrêter! C’est avec démence et exaltation que les trois comédiens de cette pièce explosive endossent leurs blouses blanches et se glissent dans leurs doubles rôles. Afin de nous conter cette sombre et chaotique histoire de séquestration, ils ont opté pour une interprétation totalement survoltée du texte de Pinter où les mots (et les maux) débordent dans tous les sens. Fanny Decoust est consternante d’autorité : la narine dilatée, l’œil sadique, la moustache « adolfienne », elle alterne entre le personnage de Lush et celui de Miss Cuts, la nymphomane. A ses côtés, le discret Benjamin Bernard, passe sournoisement du visage de Gibbs le machiavélique à celui d’un employé totalement soumis et apathique. Quand au troisième luron de cette folle Trinité, il se nomme Gregory Corre et incarne avec frénésie un Directeur au bord de l’apoplexie.
L’écriture de Pinter est ardue mais ces jeunes acteurs bicéphales la domptent à coups de cravache et parviennent à nous la débiter aussi rapidement qu’avec une kalachnikov surchargée: sans perdre haleine, ils mitraillent le public de cynisme, de rictus, de paroles en cavale et de contorsions maladives. Dans un ingénieux décor de panneaux coulissants, ils enchainent les épisodes entrecoupés par de micro-interludes provenant d’une exaspérante petite boite à musique. Grace aux cloisons qui se déplacent sur la scène, la Hot House de Pinter prend soudain des airs de castelet déboité ou apparaissent une succession de têtes déboussolées et de mains gantées de blanc. A travers cette mise en cases, on a l’impression de voir se percuter des trappes et des guillotines évoquant la violence sèche d’un univers carcéral : l’ambiance est glauque et les cloisons de cette institution médicale cachent beaucoup de secrets illicites mais tout va trop vite pour s’arrêter à ces détails pernicieux ! Au rythme où vont les choses, on veut nous aussi trouver des indices, suivre des pistes et comprendre la fin de cette histoire de détraqués ! Comme de coutume dans les pièces d’Harold Pinter, l’humour est froid et même servi cru. Cette adaptation de Hot House respecte la tradition : c’est une succession de tableaux grinçant de réalisme où évoluent une foule d’êtres corrompus et opprimés. Fort heureusement, la Compagnie Adada a su aborder cette œuvre de façon totalement débridée, ce qui insuffle un côté burlesque et même comique à la noirceur initiale de Pinter. On adhère ou pas à cette folie fiévreuse mais force est de constater que ce trio d’acteurs est aberrant de maitrise et d’accélération ! Attention à la crise cardiaque tout de même, il y a déjà bien assez de morts dans ce bunker de schizophrènes !

Hot House
 D’Harold Pinter


Mise en scène Valéry Forestier


Avec les acteurs de la Compagnie Adada: Fanny Decoust, Benjamin Bernard et Grégory Corre



Théâtre Le Lucernaire
 ( 53, rue Notre-Dame des Champs
Paris 6e )

Jusqu’au 11 janvier 2014


Du mardi au samedi à 21h


Réservations: 0145445734

www.lucernaire.fr



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