Le très riche Mata Todorovic est mort: paix à son âme et à ses (dés)-héritiers !

par

Par Florence Gopikian Yérémian – bscnews.fr/ Le jour des funérailles de Mata Todorovic, l’ensemble de ses cousins les plus lointains se retrouvent soudainement autour de sa tombe : larmes de crocodile, tenues de deuil ostentatoires, signes de croix à répétition…Toute la panoplie des faux sentiments est déployée par ce ridicule cortège d’hypocrites endeuillés dans l’espoir d’arracher une part de l’immense héritage!

Mais voilà, feu Mata était un farceur et il a souhaité que son testament ne soit ouvert que quarante jours après sa mort! De quoi faire macérer patiemment ses sept cousins qui se retrouvent coincés les uns sur les autres entre les quatre murs de sa sublime résidence! Pris en cage comme des fauves salivant après la fortune, chacun commence à défendre son parti en revendiquant ses prétendus liens de parentés avec le défunt. Face à cette famille de rapaces sans scrupule surgit alors une jeune servante qui semble cacher un bien lourd secret…

Cette pièce pleine d’humour et de cynisme a été écrite par l’un des plus grands auteurs serbes du XXe siècle : Branislav Nusic. Ce satiriste est, non seulement, le plus joué de toute la Serbie mais ses œuvres ont également été diffusées dans de nombreux pays de l’Europe de l’est. La troupe de comédiens qui interprète la pièce est d’ailleurs un exemple concret de cette vulgarisation: bulgare, slovène, polonais, ukrainien, serbe, croate…tous possèdent une parcelle d’âme slave y compris les quelques français présents sur l’affiche.
Afin de mettre en scène cette tragi-comédie débordant d’immoralité et de corruption, Ned Grujic a opté pour un décor « à tiroirs » sobre et élégant : cinq portes pour symboliser la maison, de la belle vaisselle éparpillée sur le sol pour matérialiser le patrimoine du défunt et un grand pouf central faisant à la fois office de sofa (pour les désespérés) et de tribune (pour les plus arrogants). Au fil du récit, cette famille de mauvais augure va s’approprier aussi bien les chambres du mort que ses petites affaires : plateau vermeil, salière d’argent, pendule ancienne…sans aucune gêne ces squatteurs de bas étage vont piller la dépouille de leur proche au risque d’y perdre toute respectabilité ! Avec la jalousie et la mauvaise foi qui conviennent à ce genre de satire, il est agréable de voir ces acteurs cosmopolites pousser haut et fort la caricature : Jean Hache interprète un ex-préfet vorace fort bien épaulé par une épouse assoiffée de luxe, Sacha Petronijevic nous offre un adorable avocat plein de gaucherie et d’hésitation, quant à la belle Antonia Malinova, elle incarne une superbe veuve aussi glaciale que distinguée qui finira par perdre tout contrôle au point de se saouler publiquement !
Entre les chapeaux à plumes, les mensonges et les poussettes à bébé, cette pièce pourrait nous faire songer à un vaudeville de Feydeau, elle contient en effet tous les éléments propre à ce genre de mécanique : une critique évidente de la bourgeoisie, un soupçon de libertinage et surtout beaucoup de cynisme à l’égard du genre humain et de sa convoitise. Malgré leur belle présence scénique, on aimerait pourtant que les comédiens poussent encore plus loin le registre de la farce et du rire. Ils devraient entièrement lâcher prise pour gagner en souplesse et en effusion. Quoi qu’il en soit, ces abominables dés-héritiers nous offrent à la fois un bon moment et l’’occasion de découvrir Branislav Nusic : un auteur serbe à la plume des plus « acerbes ».

Les (Dés) héritiers
Texte de Branislav Nusic
Mise en scène de Ned Grujic
Avec Antonia Malinova, Jean Hache, Sacha Petronijevic, Annick Cizaruk, Pascal Ivancic Philippe Ivancic, Caroline Pascal, Charlotte Rondelez, Rosalie Symon, Jean Tom.

Théâtre 13 – jardin
103, boulevard Auguste Blanqui
Paris 13e
Métro Glacière

Jusqu’au 22 décembre 2013
Mardi, jeudi et samedi à 19h30
Mercredi et vendredi à 20h30
Dimanche à 15h30
Réservations : 0145886222

A découvrir aussi:

Savoir se complaire dans la complainte: tout un programme!

Entre la muse et l’ange, siège « le duende ». Federico Garcia Lorca vous invite à le découvrir!

Amélie ou les aventures d’une cocotte cocufiant son coquin avec un drôle de coco : une pièce cocasse, quoi !

Alter Ego : une alliance entre magie et mentalisme pour une rêverie partagée

Olympe de Gouges : du Lucernaire au Panthéon ?

Au Théâtre 13, Lady Macbeth vole la vedette à son époux

Laissez votre commentaire

Il vous reste

4 articles à lire

M'abonner à