Clotilde courau

Clotilde Courau : une parenthèse d’intimité avec Edith Piaf

Par Julie Cadilhac – bscnews.fr/Sous la direction artistique de Serge Hureau, Clotilde Courau nous offre une parenthèse d’émotions et de sensibilité en compagnie d’Edith Piaf.

propos recueillis par

Elle interprète onze lettres envoyées par Edith à Tony Franck, son amant d’un mois, alors qu’elle vient de perdre son grand amour Marcel Cerdan ; au travers des mots vibrants et sensibles de ce « monstre sacré », elle nous rappelle la femme aimante et libre qu’elle fut. Accompagnée des notes graciles et véloces de l’accordéoniste Lionel Suarez, Clotilde Courau n’incarne pas la chanteuse à la petite croix au cou et à la célèbre petite robe de scène, elle restitue avec délicatesse et intelligence l’essence sensible d’une correspondance à coeur ouvert. Rencontre avec une princesse des planches et des plateaux au propos fort pertinent.

Vous souvenez-vous de votre première rencontre avec une chanson de Piaf?
C’était avec la chanson Les amants d’un jour. Après, beaucoup plus tard, c’est en jouant Irma la douce mis en scène par Jérôme Savary parce que ça a été écrit par Marguerite Monnot qui a composé la musique de cette comédie musicale et là, littéralement, elle est entrée dans ma vie mais j’avais déjà un âge adulte à ce moment-là.

Et aujourd’hui, si vous deviez citer la chanson d’Edith Piaf qui vous touche le plus… laquelle serait-ce?
C’est difficile d’en citer une. Je les aime toutes : de L’homme à la moto à l’hymne à l’amour, de J’m’en fous pas mal à Milord…et d’ailleurs je me refuse à n’en citer qu’une.

Dans le spectacle, chantez-vous par moments?
Non, je ne chante pas. Je voulais reprendre simplement la correspondance de Piaf en entier qui a été écrite en 1950. Je ne chante pas Piaf et sur scène je ne suis pas Piaf. Je ne fais qu’interpréter. Ce n’est pas une lecture non plus. C’est un peu un objet non identifiable parce que c’est un spectacle en musique mais je ne chante pas et je n’incarne pas Piaf; je voulais absolument éviter la caricature. Je voulais, au travers de l’instrument de l’accordéon qui est quand même la boite à frissons et qui représente le mieux Piaf, et les mots de Piaf, partager la passion immense que j’ai pour cette femme qui est universelle et qui le restera à jamais.

Pouvez-vous nous expliquer le contexte d’écriture de ces lettres et ce que vous y avez trouvé qui vous a séduite?
Marcel Cerdan est mort à la fin de l’année 1948 et un an après, Edith Piaf tombe amoureuse – on sait tous qu’elle avait besoin de l’amour comme de l’oxygène. Cette correspondance m’a plu d’abord parce qu’elle a une vraie richesse ; je n’ai d’ailleurs rien retiré de la correspondance : ces onze lettres sont le début d’une histoire d’amour et la fin d’une histoire donc il y a une dramaturgie là-dedans . Elle vient de perdre Marcel Cerdan et elle partage avec Tony Franck, alors directeur de théâtre à Marseille, son intimité : son amitié avec Momo, la femme de Marcel Cerdan et ses enfants dont elle s’occupe à ce moment-là; elle partage l’envie de vivre et la difficulté aussi de la vie. On la découvre comme elle est , c’est à dire authentique, extrême, généreuse, colérique, drôle. On y a toutes les couleurs de Piaf.

La genèse de ce projet a été votre rencontre avec Mme Anne Marie Springer?
La genèse, c’est d’abord ma passion pour Piaf et effectivement également ma rencontre avec Mme Springer puisque c’est elle qui possède cette collection unique au monde de lettres d’amour; Dans cette collection, il y a beaucoup de choses incroyables – je fais d’ailleurs souvent des lectures avec la collection de Mme Springer- ça va de Colette à Jericho, à Chateaubriand à Marlène, à Winston Churchill…..je ne peux pas tout citer! … et puis la correspondance en entier de Piaf. Et surtout il ne faut pas oublier le dernier élément important de ce projet : ma rencontre avec Lionel Suarez; le spectacle n’aurait en effet pas la même puissance sans lui.

Dans cette correspondance, y-a-t-il les réponses de Tony Franck à Piaf?
Non. Elle n’y a que les lettres de Piaf.

Et entend-on dans cette correspondance des éléments sur Tony Franck ou les lettres parlent-elles surtout d’elle-même?
Non, elle parle aussi de Tony…d’ailleurs c’est amusant parce qu’on entend beaucoup de choses sur Piaf: Aznavour la peint comme une femme généreuse, effectivement colérique mais toujours drôle, et refuse l’idée que c’était une femme droguée ; on attend le témoignage de Line Renaud qui dit que c’était une femme extrêmement méchante…il y a vraiment tout sur Piaf. Dans cette correspondance-là, puisque c’est elle qui a écrit ( j’avais lu d’ailleurs la correspondance avec Cerdan aussi), bien sûr qu’elle est excessive, comme tout être authentique, bien sûr que parfois elle n’aime pas et que parfois elle regrette ses colères mais quand elle aime, elle donne tout ; alors forcément elle ne parle pas que d’elle. Elle avait une manière d’aimer les êtres – et ça je le dis dès le départ du spectacle : « j’ai besoin de sentir les êtres que j’aime dans le besoin moral de moi ». Elle aime la faiblesse, elle dit  » j’aime ta faiblesse, ta fierté »… elle est très maternelle aussi dans sa manière d’aimer et donc forcément elle est aussi vers l’Autre.

Le choix de l’accordéon pour accompagner les mots de Piaf est donc venu immédiatement…
Non, c’est encore plus fort que cela : ce spectacle n’aurait pas existé sans Lionel. Je n’aurais pas fait ce spectacle sans lui.

Comment avez – vous travaillé avec lui?
Je chante également avec un répertoire que je suis en train de me constituer et j’ai donc rencontré Lionel en tant que chanteuse. On n’avait jamais travaillé ensemble pour diverses raisons; en tant que chanteuse, je me cherche, je cherche mon univers en me produisant dans des bars et différents endroits et avec Lionel, on était juste devenus très copains. Quand j’ai eu cette correspondance, j’ai demandé à Lionel de venir parce que j’entendais déjà la musique dans cette correspondance; je ne pouvais pas dissocier les lettres de la musique. Lionel, au départ, qui avait travaillé sur le spectacle de Jean Rochefort qui se fait avec un accordéon, ne comprenait pas ce que je voulais ; il pensait qu’on fonctionnerait comme il avait fait avec Jean Rochefort et comme beaucoup de comédiens font : le texte puis l’instrument etc… Or moi je voulais vraiment faire entendre ensemble la lettre et la musique, comme si je sentais que dans l’écriture de Piaf il y a déjà la musicalité. Dans ce témoignage épistolaire, on retrouve beaucoup de ses chansons et quand on entend d’ailleurs Aznavour parler de la manière dont elle choisissait ses chansons, cela conforte cette idée: Piaf était intransigeante avec les autres, parce qu’elle savait exactement ce qui lui correspondait… c’était là aussi son génie. Oui, au travers de cette correspondance, on ressent tous les thèmes de ses chansons.

Vous chantez donc également. Avez-vous un album en kiosque déjà?
Non, je travaille à mon répertoire en live pour l’instant, comme ça se faisait à l’ancienne. Dans mon répertoire, j’ai des chansons d’Art Mengo, de François Morel, de Jeanne Cherhal et de Bertrand Soulier. Et quand je serai suffisamment contente de mon répertoire, à ce moment-là je ferai un album. Parfois on insiste et on me dit « Alors il sort quand? » ; ce sera quand je sentirai que c’est le moment. Je ne suis pas devenue comédienne du jour au lendemain; j’ai suivi des cours, j’ai une formation classique puis j’ai commencé à travailler au théâtre. La formation, c’est une manière de repousser ses limites,une manière de ne jamais être satisfaite, de vouloir être exigeant et la chanson pour moi c’est très précieux; c’est un bébé auquel je crois et je ne peux pas me permettre par rapport à mon exigence de présenter quelque chose trop tôt et qui ne me correspondrait pas totalement. Est-ce qu’un jour je ferai un album, je ne sais pas… peut-être que je ne ferai que du live…

Pour conclure, peut-être, un mot sur vos autres projets en cours?
En tant qu’artiste, j’ai beaucoup de projets que j’initie moi-même. En fonction du temps, des rencontres et des opportunités, je sors un projet ou un autre. Je suis quelqu’un de multiple, quelqu’un qui a la chance de rencontrer beaucoup de monde. Pour vous donner quelques pistes, je vous dirai que là, pour le théâtre,je vais partir travailler à Hong Kong et Shangai pendant un mois en juin avec un metteur en scène chinois ( je jouerai en français dans le cadre de la communauté française). Il y a également un film qui va sortir le 9 avril 2014 et qui s’appelle Baby-Sitting de Philippe Lacheau ( qui a notamment co-écrit une comédie qui s’appelait Paris à tout prix) qui est une comédie extrêmement bien ficelée où je joue, entre autres, avec Gérard Jugnot. Je vais également commencer un tournage le 2 décembre 2013 avec un jeune metteur en scène qui s’appelle John Herbert qui est un film de genre.

Piaf, l’être intime
Une Création de et avec Clotilde Courau
Mise en musique Lionel Suarez
Direction artistique Serge Hureau

Dates de représentation:

– Mardi 3 décembre 2013 à Lattes (34) à 20h30


– Vendredi 6 décembre 2013 à Montrond les bains (42) à 20h30

-Jeudi 16 janvier 2014 à Nancy (54) à 20h30


- Dimanche 19 janvier 2014 à Vichy (03) à 16h00

– 7 Février 2014 à Strasbourg

– Les 16 et 19 mars 2015 au Café de la Danse- Paris

11 juillet 2015 aux Francofolies de la Rochelle (17)

– 6 août 2015 – Les soirées du château à Gréoux-les-Bains (04)

– 26 novembre 2015 – Le Nouveau Théâtre à Châtellerault (86)

Crédit photo © Benjamin Decoin

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