El Cid ! : Une fable cornélienne lumineuse de Philippe Car

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Par Julie Cadilhac – bscnews.fr/ ®Elian Bachini/ Lumineux et euphorisant : voilà deux adjectifs qui tombent sous le sens lorsqu’on sort du El Cid ! de l’Agence de Voyages Imaginaires. Il y a du génie dans la capacité de cette troupe à offrir une version décalée de la tragi-comédie de Corneille sans la dénaturer.

A l’ouverture, débarquent sur le plateau des « clowns musico-philosophes » qui s’interrogent sur la question pertinente de « Doit-on se faire justice soi-même ou doit-on faire confiance en la justice du pouvoir souverain? ». Une interrogation qui n’a pas pris une ride depuis la création de la pièce : en effet, si la loi du Talion était une question d’honneur au XVIIème siècle, elle n’en reste pas moins une posture qui tente encore bon nombre d’âmes contemporaines ; or la violence est-elle vraiment la meilleure réponse à la violence?. Autre question sur laquelle se disputent les interlocuteurs sur scène : « Est-il possible de pardonner à l’homme qui tue votre père, même s’il a agi pour laver une insulte? Et que penser, de la même façon, d’un homme qui accepte d’être injurié sans réagir? » Comme le disent si bien les clowns narrateurs, Pierre Corneille a inventé une histoire drôlement compliquée! La mise en scène de Philippe réussit ainsi avec originalité, pédagogie et humour à la rendre accessible à tous : une pièce qui séduira donc autant les adultes que les adolescents. A voir en famille assurément!

Comme la pièce se déroule dans le royaume de Castille, les hurluberlus de l’Agence de Voyages Imaginaires jouent avec plaisir avec les clichés de l’Espagne et usent – pour le plus grand plaisir des spectateurs – de ses chants traditionnels et populaires, de ses pas de danse, de ses intonations et certains passages sont même gazouillés en espagnol. Philippe Car incarne un tordant Rodrigue et son pendant féminin est une Chimène attachante dans ses contradictions et ses combats intérieurs. Le roi, dans son château de poupée, est cocasse au possible; le drolatique Don Sanche finira par se tenir à carreaux, maté par l’invincible Rodrigue à la perruque rouge fluo. Ajoutons à l’interprétation juste des comédiens, un travail scénographique et de mise en scène de qualité : on savoure les nombreux clins d’oeil au cinéma ( notamment à l’esthétique de Tarentino) et l’atmosphère onirique mis en place grâce à des jeux de lumière, de couleurs, de bruitages, d’accessoires et de décors empruntant à l’univers forain. Le monologue « Ô rage ô désespoir » de Don Diègue est aussi délirant qu’admirablement senti et l’on refusera d’en dire davantage pour vous laisser le plaisir de la découverte! Vous l’aurez compris, l’on sort de cette récréation dramatique conquis, enivré de fantaisie et d’alexandrins brillants. A voir absolument!

Le site de la compagnie !

El Cid!

Agence de Voyages Imaginaires- Cie Philippe Car

Mise en scène : Philippe Car

Adaptation et écriture: Philippe Car et Yves Fravega ( d’après Pierre Corneille)

Composition musicale : Vincent Trouble

Costume et accessoires : Christian Burle

Décors et accessoires: Jean-Luc Tourne

Avec Philippe Car, Valérie Bournet, Vincent Trouble, Marie Favereau et Nicolas Delorme

Dates de représentation:

– Du 27 au 29 novembre 2013 à Montpellier ( 34) au Théâtre Jean Vilar
– Le 6 décembre 2013 à Velaux ( 13) à l’Espace NoVa
– Du 5 au 16 février 2014 à Paris ( 75) au Théâtre 13
– Du 18 au 22 mars 2014 à Rouen ( 76) au CDR Th.des Deux Rives
– Du 26 au 29 mars 2014 à Lyon ( 69) au TNG – CDN de Lyon
– Les 4 et 5 avril 2014 à Rodez ( 12) à la Maison de la Culture
– Les 8 et 9 avril 2014 à Millau ( 12) au Th. de la Maison duPeuple
– Le 19 avril 2014 à Figeac( 46) à l’Espace François Miterrand
– Du 22 au 24 avril 2014 à Cusset ( 03) au Théâtre de Cusset
– Les 115 et 16 mai 2014 à Port de Bouc ( 13) au Sémaphore
– Les 19 et 20 mai 2014 à Hazebrouck ( 59) au Centre André Malraux
– Le 23 mai 2014 à Chevilly-Larue ( 94) au Théâtre André Malraux
– Les 27 et 28 mai 2014 à Mondeville ( 14) à La Renaissance

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