Le Quai d’Orsay dans tous ses états

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Par Marine Veith – bscnews.fr / Un jeune diplômé doué débarque au ministère des Affaires étrangères sans trop savoir ce qu’il va y faire et le voilà propulsé aux « langages ». Terme aussi abscons que les volontés du ministre Alexandre Taillard de Worms (Thierry Lhermitte) dont il doit écrire les discours.

Entre les citations d’Héraclite, le ministre danois à vélo, la valse des conseillers, les portes qui claquent, les apparents incapables, les véritables compétents, les méandres d’une administration sans sens et les prix Nobel de littérature, Arthur (Raphaël Personnaz) doit composer. On le suit se dépatouiller dans cette fourmilière où la décision ne se prend jamais où on le pense. Où pour se dire qu’on se plait, on se plante un couteau dans le dos, où on chante des chansons paillardes au milieu des hauts fonctionnaires cravatés.
Cent fois, Arthur verra son discours rejeté. Cent fois, il recommencera, laissant ses nuits à fumer, coincé entre le bureau de la secrétaire et la photocopieuse. On le voit écarquiller des yeux ronds, courir derrière le ministre, s’offusquer de ce qui ne dérange plus personne et finalement, éclater d’un fou rire sur la crise du hareng. Au ministère, il n’y a pas internet, le ministre disserte sur la qualité des stabilos, le « dircab » (Niels Arestrup) enfile les aspirines et dégonfle les crises grâce au téléphone crypté….
C’est drôle, rythmé, parfois juste, souvent caricatural, mais volontairement ironique sur un monde aussi intello que vieillot. Adaptée de la bande dessinée éponyme, cette comédie de Bertrand Tavernier jongle avec les clichés, mais tape juste. La scène de fin fait ouvertement référence au discours de Dominique de Villepin à l’ONU en 2003 où la France s’était prononcée contre la guerre en Irak. Une intervention longuement applaudie en conseil de sécurité. Car sous les ors de la république et les références aux philosophes de l’Antiquité grecque se trouve la splendeur de la France. Du joyeux bordel décrit par le film émerge ce qui justifie son exception culturelle : une certaine idée de l’Humanité et une volonté certaine de laisser trace dans l’Histoire.

Quai d’Orsay, de Bertrand Tavernier, avec Raphaël Personnaz, Thierry Lhermitte, Niels Arestrup. Sortie en salles le 6 novembre 2013. Comédie. 1H53 min.

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