Cosmos : Une mise en scène de Joris Mathieu astrale mais trop chaotique

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Par Florence Gopikian Yérémian – bscnews.fr/ Cosmos est issu du roman de Witold Gombrowicz. Cet écrivain polonais du XXe siècle a composé son histoire comme une double enquête, à la fois introspective et policière. Son protagoniste (Witold) tente de mettre de l’ordre dans sa vie en cherchant refuge dans un lieu isolé. Il débarque ainsi dans un village perdu où il croise son ami Fuchs, un être anxieux et taciturne.

Une pension accueille ces deux âmes en mal de vivre mais les habitants y sont également étranges : la patronne, Bouboule, déborde de frustrations, son mari Léon s’exprime à travers d’incohérents néologismes, leur fille Léna se comporte comme une Lolita écorchée et leur beau fils demeure prostré dans un silence malsain. Au cœur de cette famille angoissée, chacun est un rébus aux yeux des autres, sans oublier Catherette, la servante à la bouche batracienne… C’est au sein de ce contexte oppressant que l’enquête commence. Au milieu des non-dits et des silences, plusieurs signes inquiétants vont faire leur apparition : un moineau pendu, des flèches, un chat pendu puis…un homme pendu… Qui est l’assassin ?
Entre vision et réalité, cet univers macabre laisse libre cours à l’interprétation de chacun. La voix mouillée et chuchotante du narrateur intensifie cette atmosphère pesante qui nous asphyxie progressivement. D’un ton lent et monocorde, elle lance des mots qui se chevauchent et nous entrainent dans ce trou perdu au fin fond de la Pologne: chemin-cailloux-feuillage, cartes-bouche-astres…
La mise en scène offre un très beau travail de création artistique : il y a cet immense écran où défilent des paysages, ce voile vaporeux qui sépare la scène en deux pour nous laisser deviner ce qui se passe dans les autres pièces, et puis il y a cette boule menaçante qui monte et descend en alternance au dessus des comédiens: semblable à une loupe géante, elle nous fait songer à un œil inquisiteur qui s’immisce dans les pensées des personnages autant que dans leurs recoins corporels les plus intimes. Pour compléter ces illusions d’optique, Joris Mathieu a également installé une sorte de roue cosmique qui tourne continuellement autour de la scène: symbolisant un tapis astral, elle emporte tour à tour les comédiens qui s’y placent. Tels des pantins soudainement immobilisés, ils se laissent léviter sur cet étrange manège elliptique qui les fait disparaître et réapparaitre au gré du récit.
Malgré ces compositions oniriques très séduisantes, l’univers plastique de ce spectacle ne suffit pas à nous convaincre. Ultra narratif, il nous saoule de paroles si énigmatiques qu’on ne comprend pas le propos de la pièce : les indices ne mènent nulle part, l’attachement à certains détails est totalement irrationnel et le récit est beaucoup trop accès sur les perceptions sensorielles pour avoir une consistance : odeurs des corps, bruits de montres, respirations lourdes… tout est mis en place pour brouiller nos sens et nos esprits à tel point que l’on devient hermétique à ce spectacle morbide et excessivement intellectualisé ! A l’inverse du « Kosmos » des Grecs anciens, celui de Joris Mathieu est si désordonné qu’il finit, hélas, par sombrer dans un chaos des plus ennuyants. Dommage.

Un jour je vous raconterai une autre aventure extraordinaire… COSMOS

Adaptation et Mise en scène : Joris Mathieu
Avec les comédiens de la Cie Haut et Court : Philippe Chareyron, Vincent Hermano, Franck Gazal, Rémi Rauzier, Marion Talotti et Line Wiblé.


– Au Théâtre Le Monfort ( 106, rue Brancion – Paris 15ème
Très grand parking gratuit devant le théâtre!)
Du 12 novembre au 7 décembre 2013
Du mardi au samedi à 20h30
www.lemonfort.fr

– Le 17 décembre 2013 à Les Scènes du Jura / Scène nationale, Lons-le-Saunier (39)

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