La Marche : un film réaliste pour l’égalité et contre le racisme

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Par Mélina Hoffmann – bscnews.fr/ Connaissez-vous le rapport entre Gandhi, Martin Luther King et Toumi Djaïda ? Si les deux premiers sont beaucoup plus connus et ont leur place dans les livres d’Histoire, ces trois hommes ont pourtant, chacun à leur époque, été les leaders de mouvements de protestations pacifistes contre la violence et les inégalités envers certaines communautés, et ont insufflé un vent d’espoir là où ils sont passés.

20 juin 1983. Quartier des Minguettes, dans la banlieue lyonnaise. Toumi Djaïdja reçoit une balle tirée à bout portant par un policier tandis qu’il tentait de protéger l’un de ses amis attaqué par un chien de la brigade canine au cours d’affrontements entre les forces de l’ordre et des jeunes du quartier. Le jeune homme est grièvement blessé. Cette bavure – celle de trop – devient alors le point de départ d’un mouvement de protestation pacifiste. Entouré de quelques amis et du curé des Minguettes, Toumi décide d’organiser une marche pour l’égalité et contre le racisme. L’idée est de partir, à pied, à la rencontre des villes et villages de France pour dénoncer les actes de violence raciale. Rejoints par une douzaine d’enfants d’immigrés, Toumi et ses amis ouvrent la marche le 15 octobre 1983, à Marseille. Ils seront une quarantaine lors de leur arrivée à Paris devant une foule d’environ 100 000 personnes, le 3 décembre, après 1500 kilomètres parcourus. Un évènement relaté par l’ensemble de la presse, et qui aboutira sur une rencontre avec le Président de la République de l’époque, François Miterrand. Ce dernier consentira à promettre une carte de séjour et de travail valable dix ans, une loi contre les crimes racistes ainsi qu’un projet sur le vote des étrangers aux élections locales.
Le 3 décembre prochain, la ‘Marche pour l’égalité et contre le racisme’, aussi appelée ‘Marche des beurs’, fêtera ses 30 ans. A cette occasion, Nabil Ben Yadir a voulu mettre en lumière cet évènement majeur de l’histoire de France, trop méconnu jusqu’alors. ‘La Marche’ retrace ainsi avec beaucoup de justesse, d’humilité et d’émotions le parcours de ces marcheurs à l’idéalisme parfois un peu naïf et à la détermination inébranlable.
La réalisation de Nabil Ben Yadir est admirable par la manière dont elle implique le spectateur en le faisant marcher à leurs côtés, partageant leurs doutes et leurs espoirs, leurs victoires, mais aussi des moments beaucoup plus pénibles et douloureux comme la confrontation directe à des violences particulièrement atroces et à l’humiliation. Nous les accompagnons à travers les différentes étapes de leur parcours, comme à Dreux, où le Front National vient de percer au premier tour des élections municipales partielles avec 16,72% de suffrage, à Salon-de-Provence où une seule personne sera présente pour les accueillir, ou encore Strasbourg où ils seront attendus, entre autres, par la Secrétaire d’Etat à la Famille, à la Population et aux Travailleurs immigrés, Georgina Dufoix. Les acteurs, dont les rôles s’inspirent pour la plupart des marcheurs de l’époque, sont absolument bouleversants d’authenticité. Les paroles, les regards, les silences, les craintes : absolument tout sonne juste au point qu’on pourrait presque en arriver parfois à oublier qu’il s’agit d’un film. D’autant que les faits et les enjeux dont il est question dans le film font malheureusement toujours écho à l’actualité. La musique de Stephen Warbeck, à qui l’on doit notamment la bande originale du film ‘Shakespeare in love’, contribue sublimement à nous plonger au coeur même de l’histoire. L’humour – très subtilement dosé – s’invite également, non pas pour minimiser la dureté des faits, bien au contraire, mais pour laisser à l’espoir toute la place qui lui revient. Car s’il s’agit bien d’un mouvement de révolte et d’une période particulièrement bercée par toutes sortes de violences raciales, le réalisateur a tenu à ne pas faire l’impasse sur tout ce que cette marche recelait aussi d’humanité, d’insouciance propre à la jeunesse, de solidarité, d’amitié, de relations humaines en somme. Un choix artistique honorable qui, associé à celui de filmer en 35mm et non en numérique – donne véritablement à ce film un ton réaliste et, de ce fait, une dimension universelle.

La Marche
Réalisé par Nabil Ben Yadir
Avec Tewfik Jallab, Vincent Rottiers, Olivier Gourmet, M’Barek Belkouk, Jamel Debbouze, Hafsia Herzi, Lubna Azabal, Nader Boussandel et Charlotte Le bon.
‘La Marche’, de Nabil Ben Yadir, sera en compétition au 13ème Festival de Marrakech.
Sortie en salle : le 27 novembre 2013

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