Laissons ressusciter les figures de Giacometti, le temps d’une mise en scène…

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Par Florence Gopikian Yérémian – bscnews.fr/ Pour ouvrir sa saison 2013-2014, le Théâtre de la Marionnette présente un spectacle en hommage à Alberto Giacometti.

Connu pour ses dessins incisifs et ses sculptures tortueusement filiformes, cet artiste suisse a également usé de sa plume afin de transcrire sur papier ses doutes et ses pensées surréalistes. C’est cet aspect littéraire de sa création qu’ont tenté de mettre en scène trois compagnies internationales: le Figuren Theater Tübingen d’Allemagne, le Theater Stadelhofen de Suisse et la compagnie française Bagages de Sable. L’approche analytique de ce spectacle est assez étrange : on y côtoie un homme de pierre à la parole lourde et rugueuse. Semblable à un monolithe ancré dans le sol, il dialogue avec de petites marionnettes blafardes qui n’hésitent pas à escalader et parcourir les traits usés de son visage de plâtre. Tandis qu’il raconte divers épisodes issus des textes de Giacometti, sa voix monocorde ne parvient pas à capter notre attention ; son récit est confus, ses phrases amphigouriques sont lancées chaotiquement et l’on ne comprend pas vraiment si les évènements et les lieux nébuleux qu’il évoque tiennent du rêve ou de la réalité : l’Hôtel de Rive, la salle du Sphinx, la mort d’un certain T…
L’homme enchaine les histoires mais le fil de sa conversation demeure, hélas, déstructuré et inintelligible. On aimerait le suivre dans son sinueux cheminement mais si l’on ne maitrise pas l’œuvre textuelle de Giacometti, sa mise en scène devient trop énigmatique. Malgré une réelle implication de Patrick Michaelis qui incarne le sculpteur, le discours de cette pièce demeure définitivement opaque et nous ensommeille tout comme la mélodie lancinante des cors qui l’accompagnent.
Fort heureusement, pour contrer cet ennui, on se console avec les figures spectrales de Frank Soehnle. Tel un nécromancien, ce grand maitre marionnettiste, leur fait interpréter une surprenante danse macabre : osseuses et blêmes, ses figures ressemblent comme deux gouttes d’eau à des sculptures giacomettiennes virevoltant au bout de leurs fils blancs. On aperçoit d’abord ce duo de squelettes articulés qui court et s’agite dans les airs. Puis cette araignée menaçante et agile qui ne cesse d’obséder les songes de l’artiste. Viennent ensuite deux gros « yeux sur pattes » tentant de se loger dans les orbites du protagoniste. Et puis, il y a cette femme fleur aux bras perlés de luxure : marionnette au visage de lys rose, elle parvient, l’espace d’un instant, à nous entrainer au fond de sa coupe de champagne où logent les chimères de Giacometti.
Une pièce obscure en quête d’absolu …à l’exemple des œuvres d’un artiste bien singulier.

Hotel de rive / Temps horizontal
Conception et jeu : Frank Soehnle
Comédien : Patrick Michaelis
Musiciens : J.J.Pedretti et R. Morgenthaler

Le Mouffetard – Théâtre des Arts de la Marionnette
73, rue Mouffetard – Paris 5e
T. 01 84 79 44 44 – www.theatredelamarionnette.com

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