New-York : Jean Zimmerman revient aux origines dans un roman

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Par Nicolas Vidal – bscnews.fr / On ne peut pas dire que pour son premier roman, Jean Zimmermann a fui la difficulté. Et ce pour plusieurs raisons majeures et flagrantes. Déjà l’idée même d’un roman historique doit inspirer à son auteur une dévotion presque sacrificielle pour les recherches et l’étude de la période.

Pour cela, Jean Zimmerman a choisi le 17ème siècle et les prémisses de la construction de New-York lorsque les Hollandais y établirent une colonie au sud de l’île actuelle de Manhattan. L’ouvrage est fort bien documenté. Il y transparaît une atmosphère pesante, rugueuse et viciée. On n’y espère que peu de tendresse et de délicatesse si ce n’est dans la figure candide qu’est Blandine Van Couvering, orpheline devenue commerçante à la force des bras au contact d’une société masculine et brutale.
Sa place dans la colonie est à elle seule une formidable immersion dans les rapports sociaux de l’époque et de la place de la femme. De plus, Blandine Van Couvering, bien au-delà de sa représentation féminine et sociale, est le rouage essentiel de ce thriller historique sur qui tout repose. À la confluence des rapports, des jalousies et des intrigues, elle est le personnage idéal qui donne au talent de Jean Zimmermann son meilleure alibi. Sans compter quelle est parée de ce délicat attrait érotique d’une héroïne qui brave le danger, la violence et les basses oeuvres d’un pouvoir hégémonique qui pèse sur la ville.
Aet Visser est le maître des orphelins, homme d’un certain âge qui vit une existence de bonté, d’humiliations et de zones d’ombre. Il est à la fois la figure du père en tant qu’autorité sur les orphelins dont il a la charge et la faiblesse de l’asservi aux puissants de la colonie. Sa relation paternelle avec Blandine Van Couvering est l’un des fils rouge qui tissent le roman. La dimension surnaturelle de l’histoire insufflée par l’esprit démoniaque du Witika est un personnage à part entière dans laquelle prennent racines l’essence même de ce roman impliquant à la fois les origines politiques, historiques, sociales et communautaires de New York.

Jean Zimmerman a su dans ce roman consistant aborder les origines de Manhattan en y associant une intrigue bien menée de bout en bout, dans une farandole de personnages, de rebondissements sans jamais perdre son objectif: le plaisir de la lecture qui saura vous combler pour ses longues soirées d’hiver à venir.

Jean Zimmerman
Le maître des orphelins
Editions 10/18
504 pages
19,90 €

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