L’affaire Dussaert? Un canul’ART rondement mené!

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Par Florence Gopikian Yérémian – bscnews.fr/ La pièce de Jacques Mougenot n’est pas du théâtre à proprement parler: nulle trace de costumes d’époque, d’effets scéniques, ni même d’alexandrins. C’est, en fait, un spectacle minimaliste où l’on doit se rendre comme à une conférence sur l’art contemporain. Si vous optez pour ce parti pris, vous ne pouvez qu’apprécier cette farce intelligente et fichtrement bien ciselée !

En maître conférencier pragmatique et éloquent, Jacques Mougenot a choisi d’évoquer l’incroyable histoire du peintre Philippe Dussaert qui, dans les années 80, mis en place l’un des mouvements artistiques les plus rocambolesques : le vacuisme. Se présentant comme un fervent partisan du « vide » cet homme est parvenu à exposer dans une prestigieuse galerie parisienne une œuvre nommée « Après tout » ne représentant « rien »! … Supercherie? Conceptualisme? Plaisanterie avant-gardiste? Telle est la question lancée au public dans cet abracadabrant monologue de Maître Mougenot.
Nous entraînant dans le cercle très fermé des vernissages mondains et des galeries de prestige, l’auteur mène son enquête sur scène pendant une heure et demie. Citations et diapositives à l’appui, il démystifie l’art contemporain au plus grand regret de ses adulateurs. Effeuillant avec délice les éloges ridicules de certains critiques d’art, il dénonce élégamment les scandales et les dérives de ce monde culturel géré par de perspicaces spéculateurs. Comment peut-on réellement se pâmer sur « la plénitude du vide »? Dans quel but un journaliste peut-il faire l’éloge d’un art conceptuel qui ne repose sur rien? Et que penser, honnêtement, d’une « œuvre » telle que la « fontaine-urinoir » de Marcel Duchamp ou d’un mouvement aussi stérile que le Ready Made?
L’art contemporain abuse. L’art contemporain provoque! Il défraie la chronique et effraie les consciencieux car aucun critère aujourd’hui ne permet aux néophytes de juger de la valeur d’une œuvre : on ne tient compte ni du talent technique, ni du sens esthétique, ni même de la beauté de l’objet pour l’estimer. Seul prévaut le discours fabuliste ou métaphysique avec lequel on édulcore soigneusement la pièce finale pour mieux la vendre.
Profanes et béotiens, écoutez bien cette prise de conscience que vous offre l’impertinent Jacques Mougenot. Son propos n’est pas de dénigrer l’art du XXIe siècle (même si certains critiques d’art vont le détester), il ne vise pas plus à dénoncer les élites et leur politique culturelle (quoique…). Non, votre conférencier se veut alarmiste face au grand bazar du bluff ! Même si son préambule est un peu long, il cherche à éveiller vos esprits formatés par les mythomanes de l’establishment artistique! Il est temps de faire table rase des imposteurs, des pseudos artistes et de la démocratisation du médiocre! Ouvrez vos yeux et vos cœurs, chers spectateurs, sinon vous risquez un jour de devenir vous-même les victimes d’un canul’ART!…

L’affaire Dussaert – Jusqu’où l’art peut-il aller trop loin ?
De et par Jacques Mougenot
Théâtre des Mathurins
36, rue des Mathurins – Paris 8e

Du mardi au samedi à 19h
Le dimanche à 15h
Réservations : 0142659000
www.theatredesmathurins.com

Au Festival d’Avignon Off 2014 – Théâtre des 3 Soleils – 14h25

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