Les petits riens de Marguerite Duras

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Par Florence Gopikian Yérémian – bscnews.fr / Deux êtres se croisent, un bonjour furtif est lancé, une réponse fuse et voici ces parfaits inconnus pris dans une conversation à n’en plus finir. Est-ce dans un jardin ou dans la rue, là n’est pas la question. L’important est qu’ils se parlent, qu’ils échangent leurs pensées à propos de tout et de petits riens.

D’un côté, il y a ELLE avec son vieux chien qu’elle adore en essayant tout de même de ne pas trop s’y attacher. Elle est déjà veuve, vous comprenez… d’un époux de cent ans. De l’autre côté, on le découvre LUI, père de sept enfants, bedonnant sur le tard et bougon dans l’âme. Il a l’air si penaud avec ses incertitudes et ses politesses de bibliothécaire qu’on voudrait lui tendre la main pour l’aider à prendre un peu plus d’assurance.
Les destins de ces deux âmes à la dérive se sont croisés par hasard et les voici bavardant et pérorant comme de bons amis. Semblables à un vieux couple, ils font preuve d’une grande connivence et pourtant leurs confidences ne tournent autour de rien: l’âge du petit chien, la circulation des voitures, le voisinage… Happés par leur dialogue absurde, ils semblent heureux et parent leur effusion de mensonges que chacun brode au fil des mots: elle raconte qu’un jour, elle a élevé un lion ; lui réplique qu’il a trouvé un oiseau parleur ; elle voudrait, à présent, avoir une vache à Paris…
Leurs fabulations n’ont ni queue ni tête mais nos causeurs s’en moquent: ce sont deux grands enfants insouciants qui partagent soudain un moment de vraie vie. Leur tandem diffuse à la fois un soupçon de folie et une grande tendresse: ils sont doués pour les questions, moins pour les réponses et, en ce sens, ils nous remémorent agréablement les dialogues et les rencontres douces amères du Petit Prince de Saint Exupery. Il y a ce même silence derrière leurs phrases, cette interrogation inassouvie et naïve sur le quotidien, cette joie triste enfin qui s’installe par delà une apparente insouciance. Derrière cet échange futile de banalités se cachent, en effet, des blessures, des regrets ou des rêves que chacun essaye de colmater avec des rires. Inconnus ils étaient, inconnus ils resteront, mais l’espace d’un instant ils ont pu déverser ce qu’ils avaient sur le cœur jusqu’à une prochaine rencontre… ou pas.
La pièce peut sembler caduque et ennuyeuse mais son propos s’élève au delà des discussions stériles qui semblent jetées à nos oreilles. C’est une écriture faite d’allusions qui s’amuse du sens des mots et de leur résonance dans le vide. L’approche est intéressante dans une société ou la parole se perd et où le silence est de plus en plus palpable malgré la foule. On a tous besoin de parler…même de petits riens.
La Vie qui va est une parenthèse théâtrale destinée à ceux qui peuvent comprendre les affres de la solitude. Les fans de Margueritte Duras l’apprécieront également. Les autres risquent de s’ennuyer…

Duras, la vie qui va
Textes de Marguerite Duras
Adaptation et interprétation : Claire Deluca & Jean-Marie Lehec
Théâtre de Poche Montparnasse
75, boulevard du Montparnasse – Paris 14e

Jusqu’au 10 novembre 2013
Du mardi au samedi 19h30 – Dimanche 15h30
Réservations: 0145445021
www.theatredepoche-montparnasse.com


Le samedi 26 octobre 2013 à 16h30 :
Rencontre avec Claire Délicat autour de son travail de comédienne avec Marguerite Duras de 1965 à 1980

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