Musée d’Orsay : La collection américaine des Hays ? Une passion française !

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Par Florence Gopikian Yérémian – bscnews.fr/ C’est indubitablement l’une des plus belles expositions de cet été 2013 : que vous soyez amateurs de Bonnard, Vuillard, Modigliani ou Fantin Latour, vous y trouverez une profusion de chefs d’œuvres récoltés avec passion par Marlene et Spencer Hays. Très rarement exposées en France, ces toiles sont l’occasion de redécouvrir l’Art Nabis et de faire connaissance avec un couple de collectionneurs américains qui passent leur vie à écumer les musées.

Paris à la Belle-Epoque
L’exposition s’ouvre sur un foisonnement de petites toiles précieuses transportant les passants que nous sommes au cœur des boulevards parisiens d’une époque révolue. D’un cadre à l’autre, on y rencontre d’élégantes dames en promenades, des flâneurs coiffés de hauts de formes ou une foule de bourgeois bedonnants se rendant allègrement aux Folies Bergères. On y croise également des saltimbanques et de petites gens qui, par delà le talentueux rendu des peintres, nous rappellent que le malheur humain est intemporel. Entre une aquarelle de Jean-Louis Forain représentant un somptueux Couple à un bal masqué et une huile de Pelez nous offrant un clown triste, on plonge picturalement dans le Paris du XIXe siècle partagé entre la misère et l’opulence de ses rues butinantes, de ses cafés concerts et de ses théâtres.
L’explosion Nabis
Cette fin de siècle nous emmène pas à pas vers l’un des courants stylistiques les plus originaux qui soient : l’Art Nabis. Les collectionneurs Marlene et Spencer Hays ne s’y sont pas trompés : depuis trente ans, ils ont acquis non seulement de grandes compositions peintes par Vuillard mais également des croquis et des esquisses de premier choix tel que des dessins aquarellés par Bonnard pour des partitions musicales ou des études ébauchées par Toulouse Lautrec pour des revues littéraires.
Bien que l’artiste soit peu connu, ne ratez pas le Jardin de Jozsef Rippl-Ronai ainsi qu’un fragile Portrait de femme réalisé au pastel: son évanescence poudreuse fait songer à une œuvre délavée par les aléas du temps qui passe. Ces pièces d’art graphique sont pour la plupart issues de l’Ecole de Pont-Aven et constituent aujourd’hui un ensemble rarissime où se distinguent même d’étonnants projets d’éventails signés Paul Gauguin ou Maurice Denis !
Natures mortes & Vanités
Moins intimistes mais tout aussi délicates, une foule de Vanités ont trouvé leur place sur les murs des somptueux hôtels particuliers des Hays. Parmi ces œuvres se distinguent une anguleuse assiette de pommes signée Sérusier ainsi qu’une nature morte au pichet bleu dont la vivacité des coloris révèle l’étonnante modernité de Schuffenecker. Aux côtés d’Iris mauves peints par Caillebotte, on remarque avec plaisir qu’une femme artiste a également su trouver sa place entre ces peintres de haut-rang : Eva Gonzalès est ainsi mise en avant à travers d’exquises et vaporeuses aquarelles (Citron et verre). Malgré le magnifique portrait d’enfant réalisé ton sur ton par Camille Corot, la palme des Vanités revient incontestablement aux huiles d’Henri Fantin Latour. Qu’il s’agisse de fruits ou de bouquets de roses, les œuvres de Latour atteignent constamment la perfection : ses fleurs embaument par delà la toile et sa touche est si sensuelle qu’elle nous incite à tendre la main pour effleurer la texture veloutée de ses pêches !
Intimité & Gentry
Tout grand collectionneur se doit de posséder des femmes…peintes sur toiles… Il en va donc ainsi des Hays qui se sont laissés séduire par la danseuse rose de Degas, la demoiselle virginale de Paul Helleu ou la jeune fille aux bas rouges d’Albert Marquet. Entre les coulisses d’un opéra et l’intérieur d’une salle de bain, ces œuvres silencieuses nous invitent à partager l’intimité de belles inconnues : tandis que l’une s’éponge maladroitement le dos, l’autre écarte aguicheusement les cuisses et la dernière pose avec tout le raffinement d’une héroïne en fleur sortie d’un roman de Proust. On apprécie autant le trait rude et hachuré des corps massifs d’Edgar Degas que la symphonie de blancs qui entoure le grand portrait d’une présumée princesse de Ligne. Ouvrière, femme du peuple ou aristocrate fortunée, ces séduisantes égéries nous offrent non seulement leur beauté mais aussi un très beau regard d’artiste sur la féminité du siècle dernier.
Vers les Fauves
Avant de vous rendre aux dernières salles parsemées de Fauves, prenez le temps d’apprécier quelques uns des plus beaux chefs d’œuvres symbolistes du siècle dernier : La Fleur rouge d’Odile Redon vous entrainera dans un rêve mystérieux et poétique, les grands panneaux de Vuillard brouilleront vos sens à travers leur luminosité chatoyante et le Paravent rougeoyant de Pierre Bonnard ne manquera pas de vous emporter dans un univers japonisant constellé d’hérons et de faisans. Pour refermer ce parcours hétéroclite de l’Art Français des XIX et XXe siècles, quoi de mieux qu’une porte sur laquelle Amadéo Modigliani a peint un portrait de Soutine ! Si l’on en croit la légende, Modigliani était ivre mort lorsqu’il réalisa cette œuvre et sa femme lui reprocha d’avoir ruiné la porte de leur minuscule appartement. L’insensé artiste lui répondit alors : « Ne t’inquiète pas, un jour elle vaudra beaucoup d’argent ! ». Seuls les Hays en connaissent le prix…En parcourant cette exposition, vous aurez eu le privilège de découvrir une partie des trésors abrités dans l’appartement new-yorkais de Marlene et Spencer Hays ou dans leur Palais de Nashville. La passion française de ces américains est telle qu’ils ont fait reproduire à l’identique l’Hôtel particulier de Noirmoutier qui se trouve rue de Grenelle dans le 7e arrondissement.Nul doute, qu’en suivant leur gout éclairé, vous tomberez aussi sous le charme intimiste des Nabis ou la perfection d’une vanité de Fantin Latour. Vous n’aurez par contre qu’un droit de regard sur ces œuvres car elles repartent aux Etats-Unis à la fin de l’été… Profitez-bien des Vuillard ! On y aperçoit l’Automne et le Printemps de Maurice Denis ainsi que de nombreuses toiles d’Edouard Vuillard dont le rarissime panneau des Premiers pas issu de son cycle des Jardins publics.

Une passion française – La collection Marlene et Spencer Hays
Musée d’Orsay – Niveau 5
1, rue de la Légion d’Honneur – Paris 7e
Jusqu’au 18 Aout 2013
www.musee-orsay.fr
Editions RMN – 12€

Un très beau catalogue a été publié à l’occasion de l’exposition :
La collection Marlene et Spencer Hays – Une passion française
Coédition : Musée d’Orsay / Skira Flammarion
2013 – 208 pages
40€

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