Espagne : El Rocio, rencontre fascinante avec l’Andalousie

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Par Blandine Dumazel – bscnews.fr/ El Rocio, c’est le nom d’un petit village tout blanc hors du monde, pourtant peu éloigné de Séville. Il a donné son nom à un pèlerinage, le plus important d’Andalousie, dit-on ! Vie du jour et vie de la nuit. Tout au long de la journée, jusqu’au milieu de la soirée, pour adorer La Virgen del Rocio, La Vierge des Marais, La Blanca Paloma, la ferveur religieuse est grande. Puis, avec la nuit, vient la fête profane. A la lisière de l’euphorie païenne autour du boire et du manger, elle appelle le chant, la danse. Paradoxe fascinant que ce grand écart !Nous sommes allés là-bas, à El Rocio, à la rencontre des Andalous, dans ce moment privilégié, marqueur de leur vie. Un premier contact pour découvrir l’âme andalouse, comme le premier temps de l’apprivoisement. Des notes, des impressions.

Le village El Rocio, au plus profond de l’Andalousie
Cette année, à la Pentecôte, il faisait froid, pluie et ciel gris. Ce n’était pas la meilleure lumière pour découvrir El Rocio, construit sur les sables du Delta du Guadalquivir, village tout blanc paré des mille et une dorures de ses clochers, lesquels, sans nul doute, brillent habituellement de tous leurs feux sous le soleil. Quel que soit le trajet qui mène au village, celui du Nord par l’autoroute ou par la route nationale qui traverse le Parc naturel de la Doñana, ou celui du Sud, il n’y a qu’une entrée au village. Nous arrivons du Sud…voir au loin, près des marais, l’alignement des maisons blanches, s’approcher, entrer et découvrir El Rocio, village insolite, est un choc. El Rocio dégage un charme, au sens de l’enchantement… Un large chemin de sable, sorte d’avenue, s’ouvre sur une immense place, celle de l’église de La Blanca Paloma. Tous les chemins du village sont de sable blanc, blanc comme les murs des maisons à vérandas qui les bordent. Ils aboutissent sur des espaces sablonneux plantés d’arbres. Diverses légendes…vraies. Sans doute. Celle-ci est jolie : au début du XVème siècle, un homme de Villamanrique la Condesa trouve au creux d’un olivier sauvage une statue de la Vierge. Une expédition est aussitôt organisée pour rapporter la Vierge au village, mais,au bord de la lagune du lieu-dit las Rocinas, les bœufs refusent d’avancer. Sûrement une manifestation divine. La Vierge doit rester dans les marais, las marismas. Un Hermitage est alors construit pour l’accueillir. La Vierge devient « la Virgen de Las Rocinas », puis « La Virgen del Rocío ». Ce sanctuaire religieux attire alors de nombreux visiteurs, des maisons d’accueil sont construites, El Rocio, le village est installé dès 1758.
2013. Notre imaginaire s’envole d’abord puis, choisit de revenir au réel, si fabuleux ! Il était une fois, la métamorphose d’un village « sacré », tel un théâtre et ses décors. Au fil des quatre jours qui précèdent le lundi de Pentecôte, jour de la sortie de la Vierge, le décor se dessine, se précise. L’atmosphère se crée. Les automobiles sont interdites d’entrée au sein du village. Sur les chemins, circulent les calèches attelées de chevaux, de bœufs, les cavalières en amazone et les cavaliers. Sinon, les gens vont à pied. Le Rocio accueille à la Pentecôte, des milliers de pèlerins, les Rocieros, qui affluent sur les chemins de toute l’Andalousie et d’autres provinces d’Espagne. Des touristes simplement curieux viennent également rejoindre cette communauté recueillie et exaltée. Nous sommes là, captivés par ce moment si spectaculaire. Magique.

El Camino del Rocio y su romeria, le Chemin du Rocio et son pèlerinage
Sur le Camino del Rocio, le chemin, l’ambiance est au dépassement de soi, porté par une piété religieuse folle. Certains sont sur les routes avec leur Hermandad, confrérie religieuse, depuis une semaine déjà. D’autres viennent en voisin au terme de trois ou quatre jours de marche. Plus éloigné est le lieu de la confrérie, plus long sera le chemin del Rocio. De Cadix, de Grenade, de Séville, d’Almonte ou de Huelva, toutes les Hermandades convergent vers un point, le sanctuaire de la Vierge au cœur du Rocio. Toutes les classes sociales sont là, unies dans la ferveur du pèlerinage mais ne se côtoient pas naturellement. Hommes, femmes et enfants à pied, à cheval, installés dans des carrioles, des roulottes toutes décorées, fleuries, tirées par des tracteurs agricoles, cheminent en priant, en chantant, des louanges à la Virgen de leur Simpecado, autel porté sur une charrette tirée par des bœufs ou des mules magnifiquement enrubannés. Chaque journée se déroule selon le même rituel : réveil à l’aube naissante, messe et prières. Il faut rejoindre au crépuscule, le lieu de ralliement prévu pour la nuit, au milieu d’une clairière souvent, en bord de route parfois. L’organisation est rigoureuse, c’est qu’il y a près d’un million de personnes ainsi lancées sur les chemins andalous, sur les abords des autoroutes espagnoles ou sur les larges saignées traversières embaumées subtilement du parfum de résine des pinèdes du Parc de la Doñana.Il y a quatre itinéraires fondamentaux : le chemin de Sanlúcar, qui traverse le parc national de Doñana, emprunté par ceux qui viennent de Cadix ; le chemin de Los Llanos, partant d’Almonte, et qui est le plus ancien ; celui de Moguer, utilisé par ceux qui de Huelva ; et le chemin sévillan, où se retrouvent généralement les autres confréries en provenance du reste de l’Espagne et d’ailleurs. L’interminable cortège est flamboyant. Chaque Hermandad décline son nom, ses armoiries et ses couleurs. La culture traditionnelle andalouse s’affiche, prend ses droits. Les pèlerins revêtent leurs plus beaux habits, les femmes portent fièrement les robes andalouses ajustées au corps pour mieux mettre en valeur les volants tourbillonnants, les immenses châles aux couleurs vives.Pour la sortie de la Vierge du Rocio au milieu de la nuit du dimanche au lundi de Pentecôte, plus d’un million de personnes et près d’une centaine de confréries installées ici, se réunissent une ultime fois avant de faire le chemin du retour vers leur lieu de résidence d’origine. Le pèlerinage est terminé.La Romeria du Rocio, le pèlerinage, est plus qu’une action de grâce à la Vierge, il est sûrement l’occasion annuelle de nouer ou renouer des liens entres les peuples d’Andalousie, un moment convivial tissé de fils profanes qui se déroulent quand vient la nuit, les rituels religieux accomplis.Que la fête commence, s’enflamme ! Sur les vérandas, à l’intérieur des maisons blanches, les tablées s’installent, l’abondance des mets et des boissons s’offre généreusement à tous les visiteurs andalous voisins qui, de maison en maison, vont ainsi jusqu’au bout de la nuit. La Sevillane, plus que le Flamenco, rythme de son chant, de sa musique, ces veillées-là.Vis-à-vis des étrangers que nous sommes, il y a beaucoup de retenue, de réserve. N’entre pas qui veut dans le cercle fermé de la nuit du Rocio si il n’est pas du sérail ! Le déclic se fait au détour d’un regard, d’un sourire. L’échange est muet, sensuel. En filigrane s’installe l’envie mutuelle de partager, d’aller vers l’Autre, l’étranger. Alors, choisis, invités, nous avons accepté et eu en cet instant, le privilège d’être accueillis, de partager avec beaucoup d’émotion leurs moments de fête « païenne ». Ephémères dans le temps, ils restent pourtant imprimés en nos mémoires, souvenirs de longues nuits blanches emplies de rencontres, parfois improbables, mais toujours enrichissantes.

« Faire » le Rocio, c’est accepter de s’extraire de la modernité ambiante de sa culture, de se plonger dans un univers hors du temps, unique et inoubliable. Cà, on ne le sait pas avant ! La surprise est belle. Sérénité et sincérité de l’instant, là est l’essentiel pour aller à la recherche de l’âme andalouse. C’est le début de l’apprivoisement.A vous, à la Pentecôte 2014 !

Crédit photos : Blandine Dumazel /Roselyne Parker

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