La paupière du jour : une histoire à aimer qui conjugue vengeance, omerta et ruralité

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Par Julie Cadilhac – bscnews.fr/ Ceux qui ont déjà eu le plaisir de vibrer au coeur de la Révolution Française avec Miel et vin (publié en mai 2009 ) savent déjà combien l’écriture de Myriam Chirousse est délicieuse : à l’intérieur de ses lignes, on sent battre le coeur de la vie avec une puissance et une émotion admirables. Elle a l’art de mettre en place des caractères, des situations et de choisir des formulations souvent simples, sans fioritures pédantes ou savantes, qui expriment avec justesse une réalité presque palpable ; le naturel est son chemin de plume, on y adhère donc sans difficulté.

Dans La Paupière du jour, son héroïne principale, Cendrine Gerfaut, est un de ces êtres écorchés auquel on s’accroche tant elle est aussi fragile qu’insaisissable et…attachante. Elle nous amène à Barjouls, un village perdu dans les Alpes Maritimes d’où est originaire l’assassin de son fiancé Aymeric . Benjamin Lucas doit être de retour chez lui puisqu’il est sorti de prison, après dix ans de réclusion: Cendrine a juré de venger Aymeric en tuant Benjamin Lucas; la jeune femme ne connaît cependant pas les mystérieuses règles qu’appliquent les familles des villages les plus reculées. Barjouls est un village dont chaque drame individuel est souvent lié à des raisons collectives. Là où l’omerta et la méfiance règnent, Cendrine va devoir ruser et persévérer pour en apprendre davantage sur Benjamin Lucas. Que trouvera-t-elle au bout de cette quête? le pardon? la vérité? la colère ?une aide? …l’amour? Myriam Chirousse utilise dans ce « polar » deux narrateurs, en alternance: Cendrine et…Hugo, le marchand d’oeufs bonhomme qui en pince pour la jeune demoiselle qui arrive de Bordeaux. On connaît la prédilection de l’auteure pour les secrets de famille, précieusement conservés depuis des décennies et qui ressurgissent un matin, à l’ombre d’une conversation inopinée. Alors, oui, c’est un bonheur de se laisser raconter une histoire par Myriam Chirousse parce que sa fiction nous happe très vite et que l’on n’arrive plus à lâcher le bouquin avant… 3h du matin, lorsque la dernière page a avoué ses dernières confidences. D’ailleurs, l’on précisera que le roman contient une dose conséquente de descriptions, puisque Cendrine a trouvé pour prétexte à son séjour à Barjouls un recensement des espèces végétales des alentours et qu’elle est habituée à décortiquer chaque lieu qu’elle visite…que ce soit une forêt ou la cuisine d’Estérelle Donetti. Il ne faut cependant pas s’en effrayer car son écriture fluide et imagée et sa volonté intrinsèque d’amener le lecteur dans un nouvel espace de sens- qui lui permettra de poursuivre l’enquête lui aussi- ne ralentissent pas l’action. Les descriptions de Myriam Chirousse sont extrêmement digestes et l’on est surpris d’y voir surgir par exemple un vocabulaire suranné pour désigner des objets qui sont enfouis au fin fond des vieilles maisons de grands-mères, mots qui réveillent nos souvenirs et font rosir de plaisir nos cervelles stimulées. Vous l’aurez compris, c’est un roman que l’on conseille très vivement…davantage encore en cette période estivale où les jours se conjugueront en complicité avec les mots balade et ruralité! Un histoire à aimer !

« La pluie jouait du tambour sur la carrosserie du monospace, mais pas de quoi finir trempés. Cendrine se tourna vers Hugo. Ce dernier observait son anorak rouge, puis baissa les yeux vers ses chaussures de marche.
– Eh bien! Maintenant , c’est les montagnes d’ici qui ne sont plus à la hauteur de vos chaussures, lança-t-il en souriant.
– J’ai suivi vos conseils.
– Je ne vous ai pas vue samedi dernier. Je suis allé frapper chez vous.
– Ah? Je n’ai pas entendue.
– Vous voulez des oeufs?
– Je veux bien.
Il prit une boîte dans le coffre et la lui tendit.
– Tenez. Tout frais pondus.
– Merci.
Cendrine prit la boîte d’une main tout en lui donnant l’argent. Les pièces étaient mouillées. Leurs doigts aussi. Ils se turent et se regardèrent. Sa capuche serrée sur le front, Cendrine sentit la pluie couler sur son visage. Elle n’était pas froide, c’était plutôt une caresse liquide, embaumée de terre et de feuilles mortes. Mais cette eau sur ses joues lui donna l’impression troublante d’être en train de pleurer et qu’Hugo pouvait voir ses larmes. Elle essuya vivement son visage. »

Titre: La paupière du jour
Auteur: Myriam Chirousse
Editions: Buchet Chastel
512 pages
Prix: 22€
Parution: 7 mai 2013

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