Le Louvre inaugure le « parcours Pistoletto »

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PAR FLORENCE GOPIKIAN YÉRÉMIAN – bscnews.fr / Le palais du Louvre s’est paré aux couleurs de Michelangelo Pistoletto. De la pyramide de Pey à la Cour Marly en passant par les multiples salles antiques et le donjon médiéval, cet artiste italien a obtenu carte blanche pour déployer ses tableaux-miroirs et son symbole mystique aux quatre coins du musée.

Il offre ainsi aux visiteurs un parcours inédit librement inspiré de l’attitude avant-gardiste de l’Arte Povera : un choc des matières nobles et des pièces recyclées, mais surtout une réflexion esthétique et spirituelle sur l’homme, le consumérisme et le devenir de la planète. Bien qu’il soit de formation ultra-classique, Michelangelo Pistoletto a révolutionné les années soixante en adhérant au mouvement de l’Arte Povera. Du haut de ses quatre-vingts ans, cet italien du Piémont continue aujourd’hui à défier la société de consommation et revendique à chacune de ses apparitions une ère nouvelle pour l’homme et l’industrie culturelle. Costume noir impeccable et barbichette stylisée (L’élégance italienne ne saurait mentir…même pour les adeptes de « l’Art Pauvre »), Pistoletto a accepté l’invitation du plus grand musée de France pour répandre sa nouvelle philosophie du « Troisième Paradis ». Pour ce faire, dix-sept de ses œuvres ont été éparpillées au sein du Louvre en écho aux milliers de créations qui y trônent. Une façon singulière de confronter les époques, les matières, les regards et d’interroger chacun d’entre nous sur le rôle de l’art et de l’homme.
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Il est amusant de voir à quel point l’art contemporain attire le public de façon récurrente. Depuis le mois d’avril 2013, parmi les centaines de sculptures antiques qui se déploient au niveau de l’aile Denon, tous les regards viennent se heurter à l’insolite « Vénus aux chiffons » de Pistoletto. Tel un clin d’œil abracadabrant à sa voisine la « Vénus de Milo », elle intrigue et déroute l’ensemble des visiteurs : est-ce une erreur de parcours ou une œuvre d’art à part entière ? Et que fait cette composition aux guenilles dans ce temple du classicisme ? Pistoletto a visé juste : sa « Vénus aux chiffons » surplombant cet amas de vêtements usés et bariolés dérange ! Son discours esthétique ne laisse personne indifférent : La mode est fugace et éphémère. En se laissant entrainer dans le sillage de la consommation de masse, l’homme perd toute notion des réalités et fragilise la nature.
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Dans une optique différente, la Grande Galerie du Louvre accueille quatre tableaux miroirs du maître italien. Ces hommes qui semblent se concerter sont les trois principaux protagonistes de l’Arte Povera : Giovanni Anselmo, Gilberto Zorio et Giuseppe Penone. L’approche artistique est de savoir s’ils se trouvent dans l’œuvre ou hors de l’œuvre ? Jeux de reflets, jeux de réflexion : lorsque nous nous positionnons devant ce grand panneau, ne faisons-nous pas, à notre tour, partie intégrante de l’œuvre à travers la projection de notre image ? Pistoletto adore jouer avec les « objets-miroir » qui lui permettent non seulement de mêler le spectateur au tableau mais aussi d’intégrer le présent à la représentation picturale. A chaque nouveau passant, à chaque nouveau regard, l’œuvre se transforme, se réactualise et continue de vivre et d’évoluer de façon infinie. En plaçant cette toile miroir dans le somptueux salon des primitifs italiens, Pistoletto s’amuse doublement à brouiller les cartes de la représentation et celles de la temporalité.
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Dans un genre plus conceptuel, Pistoletto utilise aussi le miroir pour inciter chacun à voir au-delà : au-delà de soi-même, au-delà de sa croyance.
Dans un lieu aussi éclectique que le Louvre qui brasse chaque jour des milliers de visiteurs venus des quatre coins du monde, il est judicieux de poser une œuvre transcendante comme « Le temps du jugement ».Mettant en scène – et en cercle – plusieurs religions, cette composition enveloppée de soie pure et blanche, nous confronte à notre propre responsabilité dans l’évolution du monde et de ses conflits religieux. En la parcourant, le visiteur peut prendre le temps de se questionner et s’attarder à une réflexion métaphysique : Est-ce que Dieu existe ? Mais quel Dieu ? Qui détient la vérité ? Et ce reflet qui est le mien et qui apparaît aux côtés de ces figures divines, n’est-il pas le seul et l’unique à détenir la vérité ?
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Lorsqu’un collectionneur a acheté cette sphère d’un mètre quatre-vingt réalisée en papiers journaux, Pistoletto l’a enfermée dans une cage de fer pour marquer la fin du parcours évolutif de cette œuvre. Adepte d’un art nomade, infini et insaisissable, l’artiste avait réalisé cette mappemonde de journaux compressés pour symboliser l’Histoire en mouvement. Il se propose de recréer une nouvelle sculpture en papier mâché lors d’une performance prévue le samedi 18 mai 2013. Dans le cadre de la Nuit des musées, Pistoletto invite donc le public à partager une promenade créative durant laquelle une boule journalistique sera roulée à plusieurs mains depuis le Louvre jusqu’à l’Hotel de la Monnaie. Une façon originale de sortir l’art de l’atelier et de l’emmener sillonner les rues afin, peut-être, de le désacraliser….
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Le brassage culturel a également une place prédominante au sein de l’univers artistique de Pistoletto. Véritable « enfant du monde » et de la mondialisation, il nous offre une exploration de la fusion des peuples et des civilisations à travers une œuvre lumineuse qui se déploie sur tous les murs du donjon du Louvre.
« Aimez les différences », telle est la devise qu’il clame par le biais de phrases lumineuses conjuguées dans vingt-six langues européennes. Derrière le ludisme apparent de ces étincelantes lettres de néon transparait la préoccupation évidente de l’artiste à propos des conflits et des désaccords pouvant naître de la rencontre des identités multiples du globe.
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La salle de la Maquette située dans l’entresol du Louvre s’est transformée en galerie des miroirs sous la baguette de Pistoletto : miroirs brisés, dytique miroitant, mètre cube infini… Toutes ces formes organiques et ces reflets ne cessent de se défier et de se répondre en intégrant les visiteurs dans leur sombre dialogue.
La pièce fait songer à un coffre fort secret tant par la solennité des lieux que par le froid qui y règne. De quoi souligner le goût du mystère et de la réflexion si chers à Pistoletto.
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Suspendu aux corniches de la Cour Marly, le symbole du Troisième Paradis clôt l’exposition. Constitué d’étoffes recyclables dont les couleurs resplendissent sous le soleil zénithal, ce signe énigmatique est censé marquer l’entrée de notre civilisation dans une nouvelle ère. Traversé par un immense obélisque en miroir, il reprend le signe mathématique de l’infini en y intégrant un cercle central supplémentaire. Selon Pistoletto, cet anneau médian interrompt l’infini et matérialise un lieu à mi-chemin entre le passé et l’avenir où l’homme doit se réconcilier avec la nature. Ce Paradis Terrestre traversé par l’obélisque en miroir est à l’image d’un accouplement entre le masculin et le féminin d’où émergerait une renaissance : en voulant dominer la nature par des moyens artificiels, l’être humain a contribué à sa destruction. Il est temps à présent de réconcilier la science, la technique et la nature. En plaçant l’art au centre d’une transformation responsable de la société, Pistoletto nous invite tous à un nouveau mode de pensée. Qu’il s’agisse d’une simple forme visuelle ou d’une performance vouée à disparaître, ce symbole du Troisième Paradis véhicule néanmoins un très beau message. Ce signe dépourvu de copyright commence d’ailleurs à faire l’objet de multiples happenings à travers le monde. Il se propage dès aujourd’hui à l’auditorium du Louvre par le biais d’une foule de spectacles et de rencontres culturelles. A vous l’honneur de vous l’approprier…

Programmation autour de Pistoletto et du Troisième Paradis
Faces à Faces :
Vendredi 17 mai à 18h30 : Pistoletto rencontre Nicola Setari, critique d’art
Mercredi 22 mai à 18h30 : Pistoletto rencontre l’écrivain Michel Butor
Jeudi 30 mai à 14h30 : Conversation entre Pistoletto et l’astrophysicien A. Barrau

Performances théâtrales :
Samedi 1er juin à 20h : Anno Uno (Première française)

Spectacle :
Jeudi 13 juin à 19h : Viens lire au Louvre. Un monde meilleur

Performances
Samedi 18 mai à 20h : Sculpture de promenade (Départ du Louvre – Nuit des musées)
Samedi 8 et dimanche 9 juin à 14h30 : Opération Troisième Paradis (Au jardin des Tuileries)

www.louvre.fr

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