Ça bourdonne chez les Capulet et les Montaigu

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Par Florence Gopikian Yérémian – bscnews.fr / Quel entrain! Quel panache! Quel déversement de violence et de poésie! Shakespeare aurait été fier d’une interprétation aussi exaltée, lui qui exultait à retranscrire les passions et les troubles de l’âme humaine.Il faut dire que la pièce a trouvé l’écrin idéal à William: un théâtre élisabéthain itinérant et rond comme celui du Globe, installé face à la Seine (à défaut de pouvoir parer la Tamise)!

Dans cette fantastique sphère de bois posée à deux enjambées de la Cité des Arts de Paris, chaque pas résonne au-dessus de vos têtes, chaque chute de corps vous propulse dans la poussière des tréteaux et vous vous retournez au moindre couinement de planches pour vous assurer que nul ne complote dans votre dos. La scène est donc multiple et donne le tournis comme un kaléidoscope: de l’entrée au plafond, elle se déploie sur trois étages et laisse aux comédiens une totale liberté de jeu. Dedans-dehors, sautant par la fenêtre ou s’élançant d’une passerelle à l’autre, ces vingt acteurs-saltimbanques ont investi leur ruche théâtrale avec fougue et la font vibrer et bourdonner pendant plus de trois heures! Les voici virevoltant à bout de corde, haut-perchés à leurs balcons ou quasiment assis sur les genoux du public pour lui confier ses secrets. On ne pourrait faire mieux pour nous transporter dans les sondes de ce drame ancestral opposant deux familles dans une haine sans borne. Chacun en ce monde connaît le triste sort des amants de Vérone mais l’on ne se lasse pas d’entendre leur histoire encore et encore comme un enfant qui relit chaque soir son conte afin de mieux le savourer. Il y a donc Roméo – Oh, mon Roméo – amoureux transi, victime de sa faiblesse et de son honnêteté. Et puis il y a Juliette, la belle et innocente Juliette, qui du haut de ses quatorze ans (et oui, si jeune!) va se laisser porter vers les sombres rivages de sa passion. Les deux amants sont beaux et célestes mais leur interprétation demeure hélas un peu mièvre (Espérons qu’ils gagnent en ferveur au fil des représentations). Ce sont les autres personnages qui portent pleinement la pièce grâce à la diversité de leurs jeux et de leurs sentiments: Paul Gorostidi interprète à ravir Mercutio, le joli coq querelleur prêt à croiser l’épée à la moindre anicroche; Stephane Peyran incarne tout en nuances le pacifiste Benvolio, confident loyal et cousin de Roméo. Quant à Sylvy Ferrus, elle semble être née pour jouer les commères : elle pérore à tout-va et son rôle de nourrice de la jeune Juliette lui va comme un gant de cuisine. Saluons enfin Axel Blind : généreux et ventru à souhait, il personnifie religieusement le Frère Laurent. Telle une voix sortie des cieux, ce sage ecclésiastique nous narre avec gravité la dérive des amants qu’il entraîne, bien malgré lui, jusqu’à leur tombe nuptiale. Dans ce spectacle de chair et de sang, la fameuse scène du balcon nous laisse un peu sur notre faim (Juliette mériterait mieux que les douces mignardises amoureuses de son tourtereau : ce sont de fringant adolescents, que Diable !) mais on se délecte des duels grivois, des joutes verbales, des beuveries décadentes, des luttes, des cris et même de la mort. Et oui, de la mort car l’œuvre shakespearienne porte une violence intrinsèque où le public se complait étonnamment! Il est d’autant plus difficile de ne pas se laisser griser par cette violence lorsqu’elle s’entremêle de claquement d’épées, de battements de tambour et de chants mortuaires! Chapeau bas à la mise en scène de Baptiste Belleudy et à toute la troupe des Mille chandelles qui voue à son métier un amour flagrant! Elle a incontestablement mérité ses cinq rappels!!!

Roméo et Juliette de Shakespearevagabonde

Mise en scène de Baptiste Belleudy
Interprétation : la Compagnie des Mille Chandelles

La Tour Vagabonde
18, rue de l’Hotel de Ville
75004 Paris

Jusqu’au 19 juin 2013
Représentation à 20h en semaine, à 15h et 20h le week-end.

www.lesmillechandelles.com

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