Juliette Binoche : l’authenticité juste de Camille Claudel

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Par Candice Nicolas – bscnews.fr / Camille Claudel est née en 1864 dans le Nord de la France. Elle fut la disciple puis la maîtresse d’Auguste Rodin pendant plus de quinze ans, avant de le quitter en 1895, persuadée qu’il en voulait à ses œuvres. Sombrant doucement dans la paranoïa voire la folie, elle est internée dans un asile de Mont de Vergues dans le Vaucluse. Elle y passera vingt-neuf ans, sans ne plus jamais sculpter, jusqu’à sa mort en 1943. Pendant son enfermement, elle continuera d’entretenir une correspondance régulière avec son frère cadet, Paul, l’écrivain.

Le film de Bruno Dumont se déroule sur quelques jours de l’année de 1915, alors que Camille (Juliette Binoche) attend avec impatience la venue de son frère. Le scénario du réalisateur repose essentiellement sur la correspondance entre les deux Claudel et sur la charismatique performance de Juliette Binoche. Le reste du casting est formé de non-professionnels : des handicapés mentaux entourent la protagoniste, et jouent un peu leur propre rôle. La caméra s’aventure rarement à l’extérieur de l’institut, elle reste enfermée entre les murs épais qui séparent Camille de sa créativité, et de son équilibre mental de plus en plus vacillant.

Le réalisateur se targue d’avoir voulu explorer le mystère et l’obscurité de la démence mentale en utilisant la tragédie de la vie de Camille comme support. Sa caméra retranscrit avec honnêteté et réalisme la vie qui se déroule devant les yeux de l’ancienne sculpteuse, impuissante. Juliette Binoche a initié ce projet en voulant travailler avec Bruno Dumont qui, lui, avait déjà en tête de faire un film sur la solitude d’une femme, et son isolement. En lisant une biographie de l’artiste, l’idée est venue à Dumont d’écrire un scénario très succinct avec pour centre de gravité : Binoche, Claudel et cette solitude. Le réalisateur voulait assurer l’authenticité du projet et a tourné avec des patients souffrant de maladies mentales. Il a fallu trouver un hôpital dont le personnel hospitalier accepterait de collaborer au film – les infirmières interprètent les sœurs – et de laisser les patients y participer. Chaque jour de tournage était donc une surprise, après « Action » tout pouvait arriver ; l’inattendu est presque nécessaire dans un métier où tout est millimétré. Le travail de Bruno Dumont repose sur la représentation du réalisme du confinement, sans mots, sans artifice, seulement par des cris, de la douleur, le passage du temps, et l’ennui. Le contraste est infini avec la vie intellectuelle et artistique des deux personnages principaux. Pour Juliette Binoche, elle a dû faire des lettres de Camille les siennes, à défaut de script à part entière, la précision dans le flou artistique. Le résultat est donc un film très épuré, un rythme lent et saccadé par des scènes de violences physiques et de délires mentaux. Le film repose sur les épaules de Juliette Binoche qui ne nous fait pas douter une seconde de sa solitude, de son désarroi, puis de son désespoir, voire de sa folie.

« Camille Claudel 1915 »
(R : Bruno Dumont – France)
Section : Compétition
Sortie française : 13 mars 2013

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