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Un recueil de nouvelles entre humour noir et lucidité

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Par Laurence Biava – bscnews.fr / Après La piqûre et La toupie, essai consacré à son enfant hyper-actif, Marie-Christine Buffat a publié en 2012 aux Editons Xénia cet opus singulier qui recueille 14 nouvelles autour du thème de la mort. L’auteur, comme le dit la quatrième de couverture, a délibérément choisi de prendre les expressions toutes faites au pied de la lettre.

L’exercice littéraire est attrayant : le nombre de fois où je suis morte ou comment explorer et mettre des mots sur ce qui tressaille au plus profond de nous-mêmes. La question s’impose : et si toutes nos émotions nous faisaient mourir ? Et qu’adviendrait il si nous les ressentions consécutivement, confusément ? La vie est une succession de ces petites morts, des morts dont on s’accommode, avec effroi parfois. Morte de faim, morte d’ennui, morte de désir, morte d’impatience, morte de jalousie, morte de culpabilité, morte de chaud, morte d’angoisse, morte de chagrin, morte de froid, morte de peur, morte de rire, se succèdent et dépeignent des situations cocasses ou plus tragiques dans lesquelles chacune de nous s’est au moins une fois retrouvée. Marie-Christine Buffat use d’un ton direct, sans faux-semblants, avec un langage souvent truculent, le parler est vrai et caustique, sans doute pour pouvoir mieux dire les sentiments qui nous fâchent, les passions qui nous étreignent, nous portent et nous détruisent. Le tout balance entre humour noir et lucidité. Le prologue est splendide ainsi que l’introduction autour de la mort de l’enfance pour dire la perte de la virginité. La première fois. «l’enfance qui s’en va dans une crispation de douleur ». 
Nouvelle suivante : une autre femme s’expose et raconte ses problèmes de poids, interrogeant les aléas des diktats insipides des modeux, façon de niquer la société consumériste. C’est autour d’une autre d’ interpeller le petit copain de lycée : elle rêve de lui, elle aimerait qu’il «la prenne par la taille». On se découvre une jalousie féroce, prête à mordre. Une suivante aimerait la reconnaissance affectueuse du père. Les nouvelles que je préfère sont « morte de honte», « morte d’impatience », et « morte de culpabilité » parce qu’elles retranscrivent complètement la vérité des femmes sur le plan amoureux, sur le plan social et sur les paradoxes que leurs attitudes peuvent susciter. Je me suis sentie complètement en sosmose avec l’auteur, convoquée sur son terrain affectif. Même explorés ou extrapolés pour les besoins du récit, je me suis retrouvée dans les moments mis en scènes. La page 49 est d’ailleurs très éclairante, sa vision lucide fait froid dans le dos : « J’en ai fini des relations amoureuses. Ce jeu du chat et de la souris. Aucune directivité. Le respect du protocole : on s’observe pendant des heures, on tente une approche mesquine sous un prétexte fallacieux. S’ensuivent des discussions soporifiques sur des sujets inintéressants. Le but de la manœuvre ne trompe personne….. » Maric-Christine Buffat a voulu, par le biais fictif, explorer le côté sombre de chacun (e) d’entre nous. Nos secrets, nos frustrations, notre tragédie intime. Pour traduire et exposer des réalités. A chacune ici son âge, son vécu, sa situation personnelle, et son langage : familier, parfois, imagé, souvent, avec quelques métaphores. Le but fut aussi, et c’est dépeint avec beaucoup d’humour, de dire la mélancolie des vies de femme, tiraillées entre leurs joies du moment et leurs pièces rapportées. Les discordances, les souffrances qu’elles subissent relèvent du psychisme. Celui-ci est souvent dénigré quand il n’est pas juste incompris : les excroissances du corps et de l’âme sont ici, parfaitement relevées et analysées. .Et cela fait du bien.

Le nombre de fois où je suis morte
Marie-Christine Buffat – Editions Xenia

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