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Angoulême 2013 : Au bonheur des planches

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Par Julie Cadilhac –bscnews.fr / Dessin -Arnaud Taeron / 2013 fêtait les 40 ans du Festival d’Angoulême et son succès grandissant est ô combien révélateur de l’importance que prend le 9ème Art dans la culture aujourd’hui.

Il faut reconnaître qu’il existe une atmosphère dans la ville charentaise comme on n’en trouve peu ailleurs. Un flot continu et souriant de lecteurs se déplace de place en place pour décrocher la dédicace d’un auteur chéri ( 150 éditeurs étaient présents) , assister à un concert dessiné, une projection, une rencontre internationale ou découvrir l’une des nombreuses expositions proposées. Voilà bien le dilemme à Angoulême: il est impossible de tout faire en 4 jours et l’on repart, l’esprit bouillonnant de traits de crayon enthousiasmants et de phylactères farceurs, un peu frustré tout de même. Cette année, Albert Uderzo et Leiji Matsumoto ( créateur d’Albator et Galaxy Express 999) se sont partagés la vedette lors des rencontres internationales. Outre la qualité des propositions, on soulignera aussi que l’accueil chaleureux des habitants est « un plus » incontestable et qu’on n’insistera jamais assez sur le fait que la ville d’Angoulême, sa localisation qui oblige les festivaliers à rester plusieurs jours au même endroit et à partager un moment aussi culturel que festif, est un des secrets – nous semble-t-il- de son succès.


Parlons Fauve
C’est le dessinateur satirique néerlandais Willem qui succédera à Jean-Claude Denis à la présidence. Le premier Grand Prix du Festival avait été accordé à André Franquin en 1974; avaient suivi, pour ne citer que quelques noms, Will Eisner, Reiser, Moebius, Jacques Tardi, Enki Bilal, Marcel Gotlib, André Juillard, Robert Crumb, Zep, Georges Wolinski ou encore Art Spiegelman. Un choix très controversé par les réseaux sociaux passionnés de bds mais qui est le premier à être le résultat d’un vote démocratique puisque tous les auteurs accrédités au festival avaient le droit d’y participer.

Ci-dessous la liste des Fauves de l’année – si vous étiez passés à côté!
Fauve d’or du Meilleur album: Quai d’Orsay Chroniques diplomatiques, T2 (Dargaud) de Christophe Blain et Abel Lanzac.
Prix spécial du 40e Festival: Akira Toriyama (Japon)
Prix spécial du jury: Le Nao de Brown (Akileos) de Glyn Dillon
Prix de la Série: Aâma, T2 (Gallimard) de Frederik Peeters.
Prix Révélation: Automne (Nobrow) de Jon McNaught
Prix du Patrimoine: Krazy Kat. 1925-1929 (Les Rêveurs) de George Herriman (décédé en 1944).
Prix du Public Cultura: Tu mourras moins bête, T2 (Ankama) de Marion Montaigne
Fauve du Polar SNCF: Castilla Drive (Actes Sud/L’An 2) d’Anthony Pastor
Fauve Jeunesse: Les Légendaires Origines, T1 (Delcourt) de Sobral et Nadou.

Uderzo in extenso

Couronné en 1999 par le prix du Millénaire, Albert Uderzo est revenu à Angoulême pour une exposition rétrospective à la Cité de la BD et la projection en avant-première d’un documentaire de Laurent Boyer sur l’un des plus grands portraitistes de notre identité nationale, le géniteur des bouilles d’Astérix et obélix mais également de très nombreux personnages comme Jehan Pistolet, Tanguy, Laverdure ou encore Oumpah-Pah. Avec René Goscinny, ils remportent haut la main le record mondial du nombre d’albums vendus: 350 millions! Traduites dans plus de 115 langues, les aventures du seul village gaulois résistant encore à l’envahisseur romain ont séduit les enfants aussi bien que les parents. Albert Uderzo, ce pur autodidacte daltonien, ce stakhanoviste de la planche capable à une époque d’en produire cinq par semaine, est admiré d’abord par ses pairs pour sa capacité à exprimer le mouvement et à mettre de la vie dans ses dessins. 
Lors de la rencontre internationale, l’émotion dans la salle était palpable et les rires fusaient souvent aux réflexions de ce Grand Monsieur au caractère bien trempé qui rencontra Goscinny à 25 ans et contribua notamment à faire reconnaître deux métiers qui n’existaient ( celui de scénariste et celui de dessinateur). « Celui qui voulait être mécanicien » y exprime son admiration pour Franquin et son « style rond », avoue qu’il signait Al Uderzo  » pour faire comme les américains »; lorsqu’on évoque la présence de visages caricaturés de Lino Ventura, Goscinny lui-même, Laurel et Hardy, Guy Lux, Raimu, Pagnol, Sean Connery, Kirk Douglas dans Astérix, il répond simplement que « quand on est dessinateur, on aime caricaturer les gens qu’on connaît ». Celui « qui aimait toute la bande-dessinée américaine » a donné une explication modeste au succès de la série:  » Le succès est créé par les lecteurs ». 
Le 24 octobre 2013 paraîtra un nouvel album d’Astérix et Obélix; le scénario et les dessins seront respectivement signés de Jean-Yves Ferry et Didier Conrad. Albert Uderzo a choisi de ne pas faire « mourir » les deux espiègles et courageux gaulois qui lui ont offert une renommée mondiale et il passe le flambeau avec sagesse et générosité pour ses lecteurs.

Le saviez-vous?

Idéfix n’était, au départ pas amené à être un personnage de premier plan. Goscinny avait demandé à Uderzo de dessiner un petit chien devant une échoppe à Lutèce et Uderzo a demandé s’il pouvait faire suivre le chien sur le chemin du retour qui les ramenait au village. Ce sont les courriers nombreux des lecteurs réclamant ce chien qui ont convaincu les deux auteurs de lui donner par la suite le rôle que l’on connaît. Uderzo explique qu’ils n’en avaient pas très envie au départ car ils ne voulaient imiter Hergé avec Tintin et Milou. Le nom d’Idéfix est une invention des lecteurs.
Obélix est une invention du seul Uderzo. En effet, le dessinateur avait l’habitude de croquer des héros costauds. Goscinny souhaitait pour son héros principal petit , malingre et débrouillard. Uderzo, têtu, a dessiné aux côtés d’Astérix un bonhomme rondouillard qui portait un menhir. Et Goscinny a aimé ce pendant rêveur.
L’album préféré d’Uderzo est celui d’Astérix chez les Bretons car « Goscinny qui maîtrisait très bien l’anglais a donné aux dialogues en français des constructions anglaises. C’est très drôle ».

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