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Catherine Hermary-Vieille : une immersion dans la France du XVIIème siècle

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Par Emmanuelle de Boysson – bscnews.fr / Deux cousines, deux destins de femmes : Anne-Sophie Le Tellier est mariée à seize ans à Charles de Vieilleville. Viviane rejoint les Sœurs de la Charité. Devenue veuve, son amant entraîne Anne-Sophie dans l’affaire des poisons. Son second mari entre dans le cercle des dévots. La jeune femme perdra ses illusions.

Derrière les ors de Versailles et le luxe de la noblesse, Catherine Hermary-Vieille dévoile la misère du peuple français. Elle dénonce l’intolérance religieuse, défend les grands chrétiens, comme Vincent de Paul. Elle trace le portrait d’un Louis XIV despotique et intolérant, fustige madame de Maintenon et madame de Montespan, met en valeur les Précieuses et l’admirable Jeanne Guyon, mystique enfermée des années à la Bastille. Le siècle de Dieu vous fascinera, vous fera vibrer, vous captivera.

Pourquoi avez-vous choisi deux cousines si différentes, comme héroïnes de votre roman ?
Parce que ces deux femmes me permettaient d’évoquer la société française des XVIIème et XVIIIème siècle sous des angles très différents. On a trop longtemps privilégié la société aristocratique au détriment des innombrables misérables qui constituaient la majorité des français. A Versailles on pratique un christianisme d’apparence sans grande compassion pour les humbles, mais le siècle voit aussi de magnifiques figures de vrais chrétiens comme Vincent de Paul, fondateur des Filles de la Charité.

Vous êtes-vous inspirée de personnages ayant existé pour Anne-Sophie (la Brinvilliers) et Vivianne ? Sinon, comment sont-elles nées ?
Mes deux héroïnes se sont imposées au terme d’un long travail de documentation. Je voulais des personnages qui aient accès au soleil comme aux ombres. Il fallait aussi qu’ils puissent être proches des innombrables victimes du despotisme religieux de Louis XIV : les protestants et les mystiques en particulier. Sur le sort des galériens j’ai lu d’effrayants récits et la biographie, les œuvres de Jeanne Guyon m’avaient captivée. A travers ses écrits, je me suis rapprochée de Fénelon puis bien sûr de Bossuet, de leur rivalité allant jusqu’à l’obsession.

A travers elles, avez-vous voulu parler de la condition de la femme au XVIIe, de ces mariages arrangés pour l’une, de la voie de l’abnégation pour l’autre ?
Les femmes sont paradoxalement les figures de proue du siècle de Louis XIV [avec Fénelon] Mademoiselle de Scudéry, Ninon de Lenclos, madame de Sevigne sont des femmes cultivées, indépendantes, à l’encontre de mesdames de Montespan et de Maintenon qui vivent pour le roi et par le roi.

Les désillusions d’Anne-Sophie sont elles à l’image d’une monarchie sur le déclin, d’un monarque despotique ?
Reçue a la Cour, Anne Sophie côtoie les courtisans. Elle ne gardera pas longtemps ses illusions et se tournera vers des êtres qui partagent ses affinités profondes. [Elle n’a pas de ressemblance avec madame de Brinvilliers toujours  » sous influence « ] A la fin du roman, lors de sa dernière visite à Versailles, elle s’y sent totalement étrangère.

Pensez-vous que la fiction soit la meilleure voie pour appréhender l’histoire ?
Pour la première fois dans ma carrière d’écrivain je mêle la fiction à l’histoire. Mais la vérité historique est essentielle, c’est elle qui conditionne les personnages qui s’y intègrent. Fénelon, Jeanne Guyon, Bossuet sont des personnages austères, Les intégrer dans un récit, les rend plus vivants, plus familiers et, j’espère, plus faciles à comprendre.

Pensez-vous que les Précieuses, Melle de Scudéry (Sapho), Ninon de Lenclos et les autres sont des pionnières, des féministes avant l’heure ? ( elles étaient pour l’amitié hommes/ femmes, contre le mariage, pour la réforme de la langue…)
Ces dames étaient incontestablement des pionnières [comme le fut George Sand au siècle suivant] Mademoiselle de Scudéry eut une gloire européenne, Ninon de Lenclos ne prit jamais d’amant par intérêt. On est loin des  » lionnes » du siècle suivant. Elle aimait qui elle voulait, quand elle voulait et réussissait à transformer ses anciens amants en amis fidèles.

Madame de Maintenon qui fut l’amie de Ninon fut-elle en partie responsable de l’abolition de l’Edit de Nantes ? Que pensez-vous de cette femme que la Palatine appelait « la vieille ripopée » ?
Je ne nourris pas une grande admiration pour madame de Maintenon. Certes, elle a surmonté dans sa vie bien des épreuves, mais elle est fondamentalement intéressée. Amie intime de madame de Montespan, de Fénelon, de Jeanne Guyon, elle les abandonnera sans le moindre état d’âme quand il s’agira de son propre intérêt. Rien ni personne ne peut lui faire risquer sa position à la Cour. Elle a certainement sa part de responsabilité dans la décision désastreuse du roi d’abolir l’Edit de Nantes. Cette décision privera la France d’une élite et enverra des milliers d’innocents aux galères.
La Palatine m’a amusée. Elle garde à la Cour un esprit moqueur, une langue acérée. Sa vision des évènements grands et petits est très intéressante comme l’est son acharnement à accabler madame de Maintenon qu’elle haïssait. [Elle n’était pas par ailleurs, la seule. Des pamphlets extrêmement virulents circulaient contre elle].

Comment travaillez-vous ?
Je commence par lire une très abondante documentation [entre 6 et 9 mois de surprises et de bonheur] L’intrigue s’impose alors d’après personnages et évènements qui m’ont semblé majeurs.

Pour ce livre, avez-vous fait beaucoup de recherches et lesquelles ? Qu’avez-vous appris de nouveau, vous qui savez tout sur le Siècle de Dieu ?
J’ai énormément appris au cours de mes recherches sur des aspects négligés ou moins connus du siècle de Louis XIV, notamment sur sa volonté d’écraser tout ce qui n’était pas dans la droite ligne du catholicisme gallican. J’ai découvert aussi avec surprise l’existence pitoyable du peuple des ombres : mendiants, prostituées, enfants abandonnés. J’ai pris conscience aussi que le roi avait ruiné la France avec ses guerres incessantes et sa folie des grandeurs à Versailles [l’argent venait des impôts qui écrasaient le peuple]. Cette paupérisation, cet absolutisme aveugle ont fait le lit de la révolution qui éclatera 74 ans après sa mort, une génération.

La religion est-elle un outil du pouvoir au XVIIe ?
La religion officielle, le catholicisme gallican, est très puissante. Le roi nomme les évêques qui sont à ses ordres. Maitre absolu, il se prend pour Dieu, Dieu qui l’a placé sur le trône et lui a délégué tous pouvoirs, celui d’écraser les mauvais chrétiens en particulier. Certains l’acceptent, d’autres commenceront à remettre en question cette monarchie de droit divin.

> Catherine Hermary-Vieille – Le siècle de Dieu – Albin Michel


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