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Une saison: la folie des senteurs d’une nouvelle venue en librairie

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Par Marc Emile Baronheid –bscnews.fr/ Nouvelle venue en librairie, une Strasbourgeoise laisse entrevoir plus que des promesses et s’affranchit des codes habituellement dévolus aux premières œuvres romanesques.

Après vingt pages de son roman, on se prend déjà à souhaiter le suivant. Un palace de la Riviera. Une gouvernante d’étage entame sa ronde, son lourd trousseau de clés à la ceinture et, contre la hanche, le bloc-notes qu’elle cale pour griffonner les consignes au personnel. Ici elle vérifie le correspondancier, là elle entrouvre la couverture en pointe sur chaque oreiller ou s’assure que pas même un fil de tabac ne subsiste dans les tiroirs, ailleurs elle fait comme si elle ne voyait pas que l’homme ayant demandé son aide pour allumer le téléviseur vient d’enlever son peignoir. Une tâche mécanique qui la soumettrait à la tentation maniaque – elle ne supporte pas que l’on pénètre dans sa propre chambre – n’était sa folie des senteurs. Les parfums des clientes la magnétisent. Alors elle ouvre les flacons, les hume intensément, poussant l’audace jusqu’à en appliquer une goutte au-dessus du pli du coude. Puis elle les répertorie dans une manière d’herbier voluptueux. Une cliente qui a remarqué son trouble lui laissera même un fond de flacon. Cadeau ou humiliation ? On ne sait comment la narratrice le ressent, mais on imagine qu’il n’est pas étranger à la manière dont se termine l’odyssée esthétique de celle qui est l’esprit nomade des couloirs silencieux, la janissaire des turbulences cachées de la bourgeoisie rêveuse. Une brèche infime dans le quotidien sclérosé d’une femme normale ou une étape essentielle dans l’échappée belle d’une sensualité souterraine ? L’écriture va l’amble avec le récit. La relation de Sylvie Bocqui au vocabulaire et à la syntaxe est tout ensemble olfactive, jubilatoire et raffinée. Les mots déboulent, les adjectifs jaillissent, dans le même temps que les phrases sont ajustées à la taille, sans rembourrages ni falbalas. « Il est fin, il est pâle, impeccablement peigné, une mèche longue et lisse ceint son crâne comme un bandeau blond de sable. Il porte un pantalon court en lainage fin, de couleur chanvre – peut-être une culotte à la mode ancienne d’Autriche – , une chemisette blanche. Ses bras reposent le long de son corps, ses mains abandonnées sur le coussin de velours rouge, il a de longs doigts graciles. Ses chaussettes blanches remontent très haut, juste sous les genoux ».
Ce roman paraît dans une collection dirigée par la romancière Catherine Guillebaud. Elle accueille des plumes en devenir, que des maisons nanties, moins défricheuses et plus calculatrices, s’ingénieront plus tard à débaucher. Le catalogue en témoigne, qui fait honneur à Arléa.

« Une saison », Sylvie Bocqui, Arléa « 1er mille », 14 euros

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