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Annie Owens

Annie Owens : un trait féminin saillant mais sensible

Par Julie Cadilhacbscnews.fr/ Annie Owens vit à Richmond en Californie. Sa dernière série de travaux picturaux, intitulée « Motherland » , est née du besoin de renouer avec ses racines ; on y croise des êtres filiformes, à la chevelure souvent ébouriffée et sauvage , à la mine boudeuse, qui gravitent au sein d’une nature étrange. Un trait féminin saillant et sensible à découvrir….

propos recueillis par

Le site d’Annie Owens: www.ouchclub.com

Si vous deviez citer une phrase restée dans l’histoire de la littérature ou de la peinture qui vous définirait, laquelle serait-ce?
“The wise are silent, the foolish speak…” ( Les sages se taisent, les idiots parlent..) Algernon Blackwood

Si vous ne deviez emporter qu’un seul livre sur une île déserte , lequel serait-ce?
Le dictionnaire pour revoir mon vocabulaire.

Et d’ailleurs, si cela devait vous arriver et que vous anticipiez, emporteriez-vous en priorité vos pinceaux?
Hum…. pour les fournitures artistiques, je prendrai des crayons en priorité, des pinceaux en second.

Motherland, votre dernière série de travaux, est inspirée par vos racines…d’où êtes-vous originaire, Annie?
Oui, Motherland s’inspire de mon passé. Ma mère est décédée il y a deux ans. Entre autres choses, cela m’a fait réfléchir davantage à l’endroit d’où je venais. Ma mère était originaire des Philippines, mon père de l’Alabama aux USA. Je suis née à Birmingham en Alabama et ai passé les trois premières années de ma vie aux Philippines. Il est difficile pour moi de dire d’où je viens parce que depuis que je suis gamine j’ai vécu aux US et que la Californie est ma maison.

Un dessin évoque une tante…comment avez-vous imaginé ce portrait?
C’est le portrait de ma super tante May du côté de mon père. Dans le sud, et au moins dans ma famille dans les années 60, tout le monde utilisait du tabac à chiquer. Tante May portait des robes fleuries, était incroyablement gentille avec moi et chiquait du tabac. Les femmes de ma famille, des deux côtés, sont rugueuses, laborieuses et élégantes en même temps. Dans mon souvenir, la chevelure de Tante May était énorme mais elle ne l’était pas en réalité. Pour moi, depuis que je suis enfant, elle a toujours été vieille mais cette peinture l’imagine quand elle était jeune femme.

Quand avez-vous commencé à dessiner?
Très tôt, j’avais 4 ans. Je ne sais pas si ça compte. J’étais obsédée par les champignons et les chaussettes.

Dans vos silhouettes et physionomies singulières et vos tons noir et blanc, il y a une influence burtonnienne, non?
La simplicité et la sérénité de la photographie en noir et blanc, vieille ou imparfaite, influence beaucoup l’aspect de mon travail. Une palette de couleurs sobre et limitée a un sens plus intemporel pour moi et c’est pour cela que je penche vers cela. Je veux travailler en couleur. J’adore quand d’autres le font. Mais quand j’essaie, cela ne me satisfait pas. J’étais autrefois influencée par Tim Burton mais j’ai dépassé ce stade aujourd’hui, je le sens. Mes maisons portent un saveur « burtonesque  » que je suis heureuse d’admettre mais elles signifient beaucoup plus et sont inspirées d’autres choses en dehors de mon influence précoce par Tim Burton.

Et quels autres artistes influencent votre pinceau?
J’aime le travail photographique de Sally Mann. Même si mon béguin pour l’art a commencé avec Edward Gorey et Charles Addams quand j’étais gosse et que je pense que leurs sensibilités saignent toujours dans mon travail. J’admire Floria Sigismoni et son sens visuel. J’adore le travail de Joel-Peter Witkin, celui du photographe Eugène Aetget du début du siècle, celui de la photographe Loretta Lux. Je suis accro depuis 1999 à la photographie qui se concentre sur les lieux abandonnés. C’est populaire maintenant mais ne l’a pas toujours été. Cela semble banal mais je suis attirée par la décadence progressive des lieux à l’abandon.

Beaucoup de femmes dans vos travaux, pourquoi?parce qu’elles sont des sortes de double de vous?
Beaucoup d’artistes – hommes et femmes- peignent davantage les femmes que les hommes sans qu’il y ait un message spécifique qui veuille être transmis. Il en a été ainsi depuis le débutFishbowl des temps. Tant et si bien que c’est plus curieux quand on voit des figures masculines dans les tableaux. La forme humaine est plus communément peinte avec le visage d’une femme- pas toujours mais la plupart du temps. Dans mon travail, je devine que c’est parce que je raconte:  » je suis une femme, il y a des femmes. J’étais une fille, ce sont parfois des filles… » Je ne sais pas….

Le thème de la gémellité aussi…?
C’est le sentiment d’être le même et différent à la fois. Par exemple, dans « Fishbowl », seulement une des filles semble être consciente et prudente, l’autre est simple et ignorante. Dans « Vultures », l’une saisit l’aile d’un oiseau mort pendant que l’autre semble inquiète – elle est la suiveuse, l’autre est la leadeuse. Je suis sûre que tout cela n’est pas évident pour tout le monde mais c’est ce que je vois.

Vous avez décliné un autre thème également : une maison qui se nomme tantôt  » Mother of sights »( Soupirs),  » Mother of tears »(Larmes), « Mothers of sorrow »( Ombres)…pouvez-vous nous expliquer la signification de celles-ci?
Je suis un peu obsédée par les maisons. La maison est une représentation de moi-même ou de ma maison. C’est aussi une métaphore de la mère. Une figure iconique. Les trois tableaux représentent trois maisons différentes – trois mères différentes:  » Mother of Tears », « Mothers of Sighs » et « Mother of Shadows ». Ils constituent une série que j’ai appelée « Dear Dario ». Un hommage à la trilogie des films de Dario Argento : Suspiria, Inferno et Mother od Tears, qui représentent aussi vaguement les Trois Mères comme les Trois Grâces ou les Trois Sorcières. Ceci est très nettement lié à mon obsession des maisons.

Quels supports,matières et outils utilisez-vous pour faire vos toiles?
Crayon, Scanner, Light Box, du papier aquarelle épais, vaporisateur, pinceaux, aquarelle et encre….et beaucoup d’eau!

Une visite en France prévue?
J’aimerais avoir l’occasion de venir en France un jour…

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