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De beaux lendemains : sous une pluie de flocons, le témoignage poignant de rescapés fantômes

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Par Julie Cadilhacbscnews.fr/ Un coup de frein, l’ombre d’un chien que l’on a rêvé ou pas, les pneus qui dérapent, les cris des enfants du bus scolaire et la morsure glacée et mortelle du lac qui engloutit tout. Un cauchemar bien réel de l’Est américain à partir duquel Russell Banks a imaginé un roman sous forme de témoignages.

Après l’adaptation du livre en long-métrage par Atom Egoyan en 1997 qui lui avait valu un grand prix du jury au Festival de Cannes, Emmanuel Meirieu a imaginé la première transposition théâtrale de ce roman. Elle reprend volontairement la forme chorale du récit en mettant en scène des « dépositions » à la 1ère personne: successivement s’expriment Dolorès Driscoll, la conductrice du bus, Billy Ansel le père de deux jumeaux décédés lors de l’accident, Mitchell Stephens, l’avocat new-yorkais qui défend les familles des victimes et Nicole Burnett, une adolescente rescapée de l’accident mais condamnée au fauteuil roulant. Quatre voix qui , au delà de la tragédie qui les lie, s’épanchent sur leurs souffrances singulières et livrent le visage brisé d’une Amérique qui étouffe sous les non-dits et les tabous. Inceste, regard accusateur contre les soldats partis au Vietnam, immobilisme des adultes qui s’enferrent dans des situations sentimentales sans issue, alcoolisme, dépendance à la drogue, maladies, les personnages de ce récit ne sont pas ménagés et parfois l’on se dit que l’auteur a « la main lourde » et vire un peu au cliché, une tendance propre à la littérature outre-atlantique. Le propos est cependant bien mené et l’on est saisi, ému souvent, par les confidences terrifiantes des protagonistes. Des lendemains heureux sont-ils possibles pour ces individus sur lequel le sort s’acharne? Peut-on lire comme un rayon de soleil fragile la revanche de la déchue Miss América? La neige tombe, fragile et pure, sur le plateau ; un piano égrène quelques notes, parfois entêtantes..et dans cette atmosphère propice à voir apparaître des revenants, Emmanuel Meirieu fait vibrer le coeur de quatre comédiens et d’un chanteur. Jérôme Derre incarne avec une désespérance bouleversante le rôle d’un homme orphelin de tous les membres de sa famille; Maud Wyler restitue avec beaucoup d’émotion le désespoir combattif d’une adolescente que la beauté desservait autant qu’elle la mettait sous les feux de la rampe ; Evelyne Didi est touchante de naturel et de simplicité; Redjep Mitrovitsa électrise le plateau par sa présence de trouble-fête, diabolique apparition au coeur brisé. Au service d’une mise en scène naturaliste, chacun s’avère un morceau d’une cantate sensible où la douleur devient une unité de mesure de l’humeur et où le pire ne cesse d’embrasser le meilleur.

De beaux lendemains

Cie Théâtre Bloc Opératoire

Avec Jérôme Derre, Evelyne Didi, Redjep Mitrovitsa, Maud Wyler

Adaptation et mise en scène: Emmanuel Meirieu

Chant et guitare: Stéphane Balmino

Dates des représentations:

– Le 27 novembre au Théâtre Jacques Coeur à Lattes – Tel. +33 (0)4 99 52 95 00

– Du jeu. 29/11/12 au ven. 30/11/12 à Marseille à La Criée – Tel. +33 (0)4 91 54 70 54

– Du jeu. 06/12/12 au sam. 08/12/12 à Nice au Théâtre National de Nice – Tel. +33 (0)4 93 13 90 90

– Le 25 février 2013 au Théâtre de L’Archipel – Le Grenat à 20h30 ( Perpignan)

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