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Julia Deck : une écriture au cordeau sur papier glacé

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Par Marc Emile Baronheid – bscnews.fr/ Si un éditeur repousse du pied votre premier manuscrit, ne vous découragez pas. Présentez-le sans cesse et le représentez. Il finira par trouver preneur. Si ce n’est lui, ce sera donc son frère. Et vous pourrez même recueillir tout de suite l’approbation.

C’est étonnant ce que l’on peut faire avec un couteau de marque Henckels Zwilling, gamme Twin Profection, modèle Santoku. Pas seulement détailler les oignons à en pleurer. Il existe un bien meilleur usage, que ne mentionne pas la brochure présente aux Galeries Lafayette. Bizarre. Comme c’est bizarre. Une publicité appropriée devrait pourtant rameuter une clientèle jusqu’ici négligée, voire susciter des vocations. Un psychanalyste vient d’expérimenter à quel point « le tranchant de la lame, d’une géométrie unique, offre une stabilité optimale et permet une coupe aisée ». Un seul ennui : il était du mauvais côté du manche. Ce n’est donc pas le spécimen rendu fameux par Lichtenberg. En face, la main froide et déterminée, se tenait Viviane Elisabeth Fauville, épouse Hermant, que son mari Julien Antoine vient de quitter après deux ans d’horreur conjugale, lui laissant tout, même une enfant de douze semaines. Il la trompait. Par désespoir.
Le psy de Viviane a cru bon de ne pas s’en inquiéter. C’est du moins l’impression qu’il donnait à sa – si peu – patiente, quadragénaire désabusée. Faut pas prendre les épouses répudiées pour des canards sauvages. On bascule vite dans le canard au sang. Son petit compte réglé, Viviane reprend le cours des choses et continue de travailler aux Bétons Biron où elle est la favorite du patron. Précisément, elle n’a pas un alibi en béton lorsque la police l’interroge. On se dit même qu’elle a semé les indices accablants. Le Petit Poucet n’aurait pu mieux faire. Si l’intelligence avait son rond de serviette dans les commissariats, cela se saurait. Viviane n’est pas plus suspecte que les autres patients du médecin. Elle peut continuer d’exulter de s’être si bien fait haïr à défaut d’aimer. Julien Antoine veut reprendre leur fille. A croire qu’il a envie d’être le prochain bénéficiaire des ardeurs coutelières de Viviane. Si l’on résolvait d’abord l’affaire du psy ? Un limier à la truffe moins enrhumée s’acharne à confondre la suspecte. La voilà prête pour le grand déballage. C’était sans compter avec ce grain de sable que la plume finit toujours par harponner, au fond de l’encrier des écrivains. Sensible aux textes d’Echenoz, Toussaint, Gailly, Beckett, Julia Deck rejoint quasi naturellement le bataillon de Minuit pour y apporter du sang neuf. Son écriture au cordeau, son ironie amère, son art de persuader que l’apparition de tout sentiment serait pur gaspillage rendent plus qu’intéressante cette romancière à sang froid.

« Viviane Elisabeth Fauville », Julia Deck, Minuit, 13,50 euros

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