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Max Monnehay - photo - géographie de la bêtise

Max Monnehay :  » Je ne suis pas là pour caresser les lecteurs dans le sens du poil « 

Par Harold Cobert – bscnews.fr / Max Monnehay a le chic pour revisiter et dépoussiérer les grands archétypes littéraires et philosophiques. Vous avez publié votre premier roman en 2006.

propos recueillis par

Pourquoi avoir attendu si longtemps pour publier celui-ci ?
Parce qu’après la publication de Corpus Christine, je n’arrivais plus à écrire. Enfin si, j’écrivais, histoire de contrer malgré tout le syndrome de la page blanche, mais rien de valable. Le seul truc que j’ai accepté de publier est une nouvelle érotique pour Playboy, en dehors de ça, je trouvais mes écrits terriblement plats et ennuyeux. Jusqu’à ce que naisse l’idée de Géographie de la bêtise. À ce moment-là, j’ai su que j’avais retrouvé ce qui m’avait fait défaut quelque temps. Et que j’avais un sujet fort et des personnages qui valaient vraiment le coup.

Votre nouveau roman est comparé à une fable. Quelle en serait la morale ?
Il n’y en a pas. Je n’aime pas trop l’idée d’un texte qui édifierait une morale, qui donnerait des réponses. Je préfère poser des questions. Cocteau disait qu’un texte ne saurait être une réponse à nos attentes et qu’il doit nous hérisser de points d’interrogation. C’est ainsi que je vois la littérature. Après, bien entendu, il y a un point de vue, une critique sociale que j’espère acerbe. C’est dans la nature de l’ostracisme que de repousser ses victimes au-delà des frontières, qu’elles soient réelles ou abstraites. Géographie souligne cet état de fait, pointe le caractère démarcatif d’une intolérance coupable de la désagrégation du ciment social.

Faites-vous un rapport entre idiotie et création ?
Mes idiots sont doués d’une fantaisie qui n’est pas limitée dans un périmètre. Ils fourbissent leurs armes, sans même en avoir conscience, sur la foi d’une imagination qui ne connait pas d’entraves. C’est ce que je leur envie par-dessus tout et que j’ai tenté de mettre en œuvre dans ce texte. Pas d’entraves. Pas de bornes.

Comme dans votre premier roman, votre narrateur interpelle de temps à autre le lecteur. Cherchez-vous, comme au théâtre, à faire tomber ce qu’on pourrait appeler un « mur narratif » ? J’ai toujours aimé les textes qui font entrer le lecteur, d’une manière ou d’une autre, au cœur de l’histoire, qui le poussent à se sentir davantage concerné. C’est un pont qui se crée entre la fiction et le réel, et je sais pertinemment que cela peut mettre mal à l’aise. Mais je ne suis pas là pour caresser le lecteur dans le sens du poil. Ce n’est pas la littérature à laquelle j’aspire. Le 4ème mur, j’aime assez le bombarder afin d’y creuser des béances monstrueuses.

Au sujet du style de votre roman, vous parlez d’« une poésie brutale ». Qu’entendez-vous par là ?
Je ne sais pas écrire doux, écrire sucré. J’ai besoin que les images s’entrechoquent, que les mots parlent dur, montrent les dents. Parce que c’est ainsi que j’appréhende l’existence. De la violence, du moche et beaucoup de brutalité, mais de tout cela peut jaillir une beauté que n’atteindra jamais ce qui est en soi déjà beau, déjà poétique. J’ai toujours préférer regarder une poubelle débordant d’ordures qu’un bouquet de roses.

Au-delà de l’originalité de vos sujets, comment travaillez-vous votre écriture ?
J’ai horreur d’écrire. Ce que j’aime, en revanche, c’est avoir écrit. Alors je travaille en me faisant violence, constamment, et en ayant toujours ceci en tête : ne jamais aller vers la facilité. Je peux ainsi passer des heures sur une phrase. Je suis assez obsessionnelle, c’est pénible parce que j’écris lentement, du coup. Mais au final ça vaut la peine.

Travaillez-vous déjà sur un autre roman ou sur d’autres textes ?
Mon troisième roman est bien entamé, oui. Il parlera d’un journaliste qui tombe fou amoureux d’une tueuse en série sans jamais l’avoir rencontrée, et qui décide de tout plaquer pour partir à sa recherche. Un road-book drôle (enfin j’espère) et sanglant. Et j’ai une longue nouvelle qui sortira en décembre chez LC Editions, intitulée Comment j’ai mis un coup de boule à Joeystarr.

Que diriez-vous aux lecteurs du BSC News pour leur donner envie de lire votre roman ?
J’ai mis deux ans à l’écrire, vous pouvez bien prendre quelques heures pour le lire ! Non, plus sérieusement, je suis fière de ce texte, parce que la voix du narrateur, Bastien, cet idiot accablé de découvrir qu’il n’en est pas un, est la voix d’un condamné au limogeage, la voix de celui qui n’est à sa place nulle part et qui décide de trouver sa voie, avec un « e » cette fois, dans ses propres confessions, dans le récit d’une tragédie d’aujourd’hui. On se ressemble beaucoup, parce que c’est par l’écriture que j’essaie de trouver la mienne, de voie. Et de voix.

Max Monnehay  » Géographie de la bêtise l » Editions Seuil – Rentrée littéraire 2012

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