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Roman : de la truanderie en librairie

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Par Marc Emile Baronheid – bscnews.fr / En 1954, la Série Noire surfe encore sur la vague Touchez pas au grisbi !, roman d’Albert Simonin paru l’année précédente. Récompensé par le Prix des Deux Magots, le livre a été un important succès de librairie dont Jacques Becker a tiré un film appelé à faire date.

Créateur de la collection, Marcel Duhamel rêve d’y imposer des auteurs français, pour faire pendant à l’armada américaine des débuts.Soucieux de battre un fer encore tout chaud, Duhamel veut assurer le succès d’un débutant, authentique truand, au pseudonyme d’Auguste le Breton. Monfort pour l’état civil, l’Auguste écrit comme il parle : en argot pur et authentique – celui de la Butte Montmartre – sans additifs ni colorants. A roman original, lancement inédit. Le tout-Paris s’encanaille avec l’aristocratie des malfrats. Francis Carco se laisse photographier avec Jo Attia, gangster patenté. Le Breton dédicace en tenue de mauvais garçon. La presse se prend au jeu et allèche le public, lequel ne tarde pas à se plonger dans un récit âpre et sanglant, destiné aux amateurs de sensations fortes mais pas seulement. L’histoire, emballante, est à découvrir. Appelons-la une variation sur le thème du bien mal acquis, parsemée de plomb, de tendresse écorchée, de haines violentes, de cupidité, d’humour, de démangeaisons à la gâchette.
Surtout il y a l’écriture, d’un anacadémisme inimitable. « L’espèce de planche à pain envoyée par Borniol était saboulée avec un costar de première bourre. Ses pompes fatiguaient la vue tellement elles étaient briquées. Y devait être en cheville avec un représentant de chez « Lion Noir » le miroton, pas possible /…/ De temps en temps, une radeuse s’entiflait dans la cahute plantée à deux pas de la Seine. Quand elle en redécarrait, elle chialait. Parfois, cinq, six julots, à la queue leu leu, le bada à la pogne, allaient jeter un dernier coup de saveur sur les gonzesses du Rital ». L’édition actuelle propose un substantiel glossaire de l’argot de Tony le tubar, Paulo la Gambille, Jo le Suédois, Ida, Mado, Viviane et les autres. De quoi estomaquer la bourgeoise, dans les pince-fesses de Neuilly.
Jules Dassin adaptera Du rififi au cinéma (1955), avec notamment Jean Servais, Carl Möhner, Robert Manuel, Magali Noël.
Né en 1913, pupille de la nation, entré à l’orphelinat qu’il quittera pour gagner une maison de correction, Auguste le Breton allait consciencieusement rouler sa bosse et croiser les voyous fidèlement dépeints dans ce qu’il appelle ses romans d’aventures et romans sociaux. Il est des universités sauvages, plus porteuses de vie que celles figées dans les images d’Epinal.

« Du rififi chez les hommes », Auguste le Breton ; préface de Marcel Sauvage, n° 53 de la collection Folio policier Gallimard – 7 ,50 euros
* Vient de paraître, dans la même collection « Tu me suivras dans la tombe – Passez une bonne nuit – C’est pas dans mes cordes », 3 romans d’une grande noirceur de James Hadley Chase

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