fbpx

Le désastre de Todd Berger : un vrai bonheur de situations cocasses

par

Par Candice Nicolas – bscnews.fr / Dimanche, c’est le jour du brunch, bien plus répandu outre-Atlantique que chez nous – il est pourtant bien temps que les Parisiens se mettent aux mimosas ! Depuis des années Emma (Erinn Hayes) et Pete (Blaise Miller) organisent un traditionnel brunch de couples et reçoivent leurs amis de longue date, par paire également. Tracy (Julia Stiles) et Glen (David Cross) viennent de se rencontrer sur internet, ils sortent ensemble depuis peu, et Tracy semble espérer beaucoup de cette relation qui succède à une kyrielle de déboires amoureux.

Hedy (America Ferrera) et Shane (Jeff Grace) en sont à quelques années de fiançailles maintenant, et n’ont pas encore trouvé le moyen de fixer la date fatidique. Lexi (Boston) et Buck (Brennan) sont quant à eux les victimes inespérées d’un violent coup de foudre au mariage de leurs hôtes ; mariés dans la foulée, leurs mœurs décalées et leur sens du partage très développé en font un couple parfait. En attendant les retardataires, on discute relations, mariages, cuisine végétalienne et musique classique, loin de s’imaginer ce qui se passe dehors… Grâce à l’intervention bienveillante d’un gentil voisin, les convives apprennent alors qu’un drame quasi-apocalyptique les menace et qu’ils ont peu de chance d’atteindre le dessert vivants…

Ce « désastre »( it’s a disaster) est en fait un vrai bonheur : on en redemande tous les dimanches ! Le scénario intelligent, les dialogues emplis de réflexions pétillantes et de commentaires grinçants mettent en valeur l’évolution des personnages, imbuvables et attachants. Sans assister à la dégradation extérieure, nous sommes les témoins d’une explosion de bouleversements irréversibles sur le plan interne, entre révélations et nerfs qui lâchent.

Tantôt très réalistes, parfois totalement flippantes – siestes crapuleuses entre amis ou recette facile pour extasie – les situations cocasses se succèdent sans que l’on soit encore passé à table. Les personnages de Berger sont bien trempés mais évoluent avec les émotions qui transformeraient quiconque d’une minute à l’autre dans des circonstances exceptionnelles et dramatiques. Même si chacun conserve sa propre personnalité, les frayeurs des uns déteignent sur les espoirs des autres, et on retrouve une légitimité à la représentation de l’espèce humaine avec ses éclectiques facettes, ses qualités et ses défauts – rien à voir avec le terrible Blockbuster sur la fin du monde du mois d’août ! Ici, on sourit, on se reconnaît, on espère et on s’énerve avec les personnages dans lesquels on retrouve tous un peu de soi-même.

Le BSC NEWS MAGAZINE a rencontré le réalisateur Todd Berger ainsi que les acteurs et les producteurs, Jeff Grace et Kevin M. Brennan.

Quelle est l’origine du concept de « It’s a disaster » ?
Berger : J’ai été inspiré par « La Nuit des morts-vivants » (1968) de George A Romero. Mais dans les films de zombies menaçants ou de guerre nucléaire sur le point d’éclater, ce qui m’intéresse, moi, c’est la réaction des personnages sur lesquels la catastrophe va s’abattre. J’avais envie d’approfondir ici leur approche d’un évènement cataclysmique, sans tomber dans le marché du zombie plus que saturé. J’ai voulu développer cette idée de désastre à une plus large échelle : des amis se retrouvent pris au piège dans une situation absolument dramatique alors qu’ils sont plongés par la même occasion dans leurs problèmes personnels de moindre envergure.

Et comment avez-vous décidé de vous y prendre pour dépeindre ces réactions ?
Je voulais choisir un modèle bien connu du public pour communiquer la profondeur de mes personnages. J’ai d’abord hésité entre les sept nains de Blanche-Neige et les sept péchés capitaux (rires) pour finalement opter pour les huit étapes du deuil, ce qui va parfaitement avec la trame de l’histoire ! Chaque personnage incarne l’une des huit étapes (choc, déni, colère, panique, tristesse, espoir, négociations, acceptation) et leur personnalité s’adapte alors que le temps leur manque…

Quelle est donc la motivation de votre projet ?
L’intérêt principal de mon film porte sur cette évolution de la personnalité et sur les interactions entre êtres humains dans une situation de stress irréversible. Il ne s’agit pas seulement d’explorer la réaction d’un individu par rapport à sa propre fin, mais également par rapport à celle de ses amis et de ceux qu’il aime. Dans quelles mesures un désastre peut vous montrer quelqu’un que vous croyiez connaître sous un nouveau jour? Comment réagiriez-vous ? Est-ce que vous resteriez calme ? Céderiez à la panique, à la colère ?

Est-ce qu’il y a une expérience personnelle derrière ce film ?
Je viens de La Nouvelle Orléans, et même si je n’y étais pas pendant la catastrophe de l’ouragan Katrina, j’avais quelques parents et amis là-bas. Je leur ai demandé comment cela s’était passé, d’attendre jours et nuits la garde nationale, et la réaction des gens, entre eux. Est-ce qu’on s’entraidait, est-ce que c’était la panique totale ? On m’a répondu que c’était absolument horrible, mais que l’on ne pouvait pas paniquer tout le temps, alors on lit un magazine à un moment, ou on joue aux cartes.

Pouvez-vous nous parler de votre processus d’écriture ?
Pour commencer, je m’enferme et j’écris, j’écris, jusqu’à ce que le premier brouillon soit achevé. Plus tard, je retourne au script et j’entreprends la réécriture, ce qui est à mon avis la partie la plus intéressante.

Filmer à huis-clos dans cette maison était-ce un vrai premier choix, ou plutôt une décision d’ordre pratique ?
En fait, c’est assez rafraichissant de se limiter à une seule localité, cela oblige à se concentrer sur le développement des personnages et de leurs interactions, ils deviennent le centre du film, et on n’a pas besoin de course poursuite ou de gros montages, même si ces éléments me plaisent beaucoup.

La plupart des acteurs masculins étaient déjà dans votre « Scenesters », comment avez-vous décidé des couples ici ?
Je déteste les films où les couples ne sont pas crédibles, et que le spectateur se demande tout de suite, mais comment ces deux-là se sont-ils rencontrés ? Peu importe s’ils rompent à la fin, il faut que l’on y croit dès le début ! J’ai donc fait en sorte que les couples soient tout à fait crédibles. Pour cela, j’ai encouragé les acteurs à sortir « en couple » chacun de leur côté avant de les regrouper tous ensemble. Par ailleurs, pour faciliter la cohésion sur le plateau, toute la troupe a cohabité dans la même maison pendant les quinze jours de tournage – la maison où Marvin Gaye s’est fait tuer par son père, pour la petite histoire !

Et comment Julia Stiles s’est-elle embarquée dans le projet ?
Grace : Il faut admettre que c’est autour d’elle que tourne le film. Nous lui avons envoyé le script et elle a accroché tout de suite. Elle nous a même suggéré d’utiliser son nom si cela pouvait nous aider à promouvoir le film, donc nous n’avons vraiment pas hésité.

Est-ce que dans ce genre de scénario duquel on se sent proche, vous permettez l’improvisation ?
Berger : Oui bien sûr, je l’encourage tout à fait, surtout dans les scènes où il y a beaucoup de personnages. Je voulais vraiment que le public ressente que ces acteurs sont en fait de vrais amis, et qu’ils se parlent comme des amis et non des collègues.

Quelles ont été les difficultés que vous avez rencontrées pendant le tournage ?
Brennan : Il y avait tout d’abord la question du timing à respecter, deux semaines, mais on a aussi dû endurer une canicule insupportable. Nous avons tourné en septembre dernier, pendant deux semaines de chaleur record. On ne pouvait pas utiliser la clim à cause du bruit, c’était très dur, surtout la scène où l’un des personnages porte une combinaison Tychem… Mais tout le monde s’amusait tellement que ça n’a pas été si grave. Et puisque nous étions tous ensemble 24 heures sur 24, c’était plutôt les colonies de vacances !

Et tous les trois, qu’attendez-vous de votre film ?
Chacun des personnages représente une des variations de la réponse humaine en face d’un désastre quelconque. On aimerait que chaque spectateur s’identifie à l’un d’entre eux, et se demande comment lui réagirait. On espère en tous cas que tout le monde passera un bon moment !

Un vrai désastre ! ~ It’s a Disaster (Todd Berger)

Photos : Strategy PR, WireImageAvec Rachel Boston (« (500) jours ensemble »), Kevin M. Brennan (« The Scenesters »), David Cross (« Arrested Development »), America Ferrera (« Ugly Betty »), Jeff Grace (« The Scenesters »), Erinn Hayes (« Childrens Hospital »), Blaise Miller (« The Scenesters ») et Julia Stiles (La trilogie « Bourne », « Save the last dance »).

Lire aussi :

Jeux d’été : un film magique au style élégant et sec

Red Flag : Alex Karpovsky sur les routes de l’Amérique et du succès

Jonathan Lisecki : « Avec Gayby, je voulais réaliser le fantasme qu’un père gay puisse avoir un bébé « 

Teddy Bear : Un film intimiste à la limite du documentaire

Mads Matthiesen :  » Teddy Bear est une rencontre entre l’Orient et l’Occident « 

Robot & Frank : Un petit film indépendant de bon divertissement

Laissez votre commentaire

Il vous reste

4 articles à lire

M'abonner à